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03/09/2010

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Baten Kaitos II
L’étoile de la
constellation de la Baleine.

Sorti fin février 2006 au Japon et fin septembre de la même année aux Etats-Unis, la suite du RPG le plus frais et le plus original de sa génération a été victime de l’une des plus grandes injustices de l’histoire du Jeu Vidéo, après "l’échec" commercial de Shenmue.
En effet, alors qu’une majorité de joueurs avaient les yeux rivés sur la fameuse "revolution" (haha, je veux parler de la wii), les petits artisans de Monolith Soft nous ont sorti la préquelle de Baten Kaitos sur Gamecube.
Refusant d’y retoucher pour le porter sur la console en vogue, le producteur Hirohide Sugiura a préféré ne pas trahir des mois de développement et de création artistique, pour en faire l’un des derniers jeux du Gamecube de Nintendo.

Et quel dernier jeu !!!
A vrai dire, Baten Kaitos II (Origins) constitue pour la Gamecube ce que Shenmue II représente pour la Dreamcast, à savoir, une bénédiction qui dote la console d’un de ses plus grands chef-d’oeuvres (si ce n’est LE plus grand) pour couronner son crépuscule.

Le succès d’estime que remporte ce jeu dans le coeur des joueurs avisés n’a d’égal que l’étendu de son insuccès en terme commercial.
Monde de merde...

Bref, je n’écris pas ces lignes pour exalter ma rage et mon incompréhension, mais plutôt pour tenter quelque chose de plus productif, de mille fois plus important à mes yeux : vous faire découvrir ce BIJOU et vous convaincre de ses innombrables qualités !

Genèse d’une série culte
Les évènements de Baten Kaitos II se déroulent 20 ans plut tôt que ceux de Baten Kaitos premier du nom.
Le jeu nous propose de suivre les aventures de Sagi, Guillo et Milly dans un univers bâti sur de magnifiques îles flottantes, à la diversité écologique et civilisationnelle époustouflante.
Ne se contentant pas de nous livrer subtilement plusieurs clés pour mieux comprendre les personnages du 1 et leur donner une substance plus profonde, Baten Kaitos II nous plonge dans la mythologie ancestrale de la série, une mythologie aussi passionnante que bouleversante.

Car l’une des force de ce jeu, c’est de nous proposer une aventure véritablement unique, et dans laquelle les méchantes CLAQUES dans la gueule fusent.
Mais avant de m’étaler un peu plus sur ce sujet, je veux vraiment insister sur l’aura captivante du jeu.
Contrairement à Baten Kaitos, le rythme est équilibré et aucune baisse de régime dans l’intensité narrative n’est à déplorer. On se surprend même à se poser des questions hors-jeu sur tel ou tel mystère, sur une partie sombre de l’intrigue, le devenir d’un personnage etc...
"Enivrant, excitant, palpitant" : voilà ce qu’il convient de citer pour vous traduire au mieux les sentiments qui m’animèrent et m’animent toujours.
Dés le début, on commence fort avec l’assassinat d’un Empereur et l’ombre d’un complot dont les aboutissants nous dépassent totalement (même si personnellement, je n’aime pas trop ce procédé -je suis de la vieille école moi : petit début pépère SVP- je fus soufflé d’entrée de jeu).

Au delà de la richesse et profondeur de son scénario, comme je l’ai évoqué précédemment, Baten Kaitos II est une machine à claques monumentales.
Même ma petite femme, qui d’ordinaire anticipe tout, n’a rien vu passer.
Et le plus gigantesque dans tout ça, c’est que rien n’est exagéré ni tiré par les cheveux : tout repose sur le génie du scénariste Koh Kojima à nous conter si savamment son histoire.

Un histoire qui d’ailleurs ne manque pas de piquant en dénonçant notamment le progrès technologique qui conduit l’Homme vers la dépendance et l’aveuglement alors que sa véritable place se trouve au sein de mère Nature.
Mais entendons-nous bien : rien de bien lourd ni de pompeux dans les nombreux propos sous-entendus. Tout en subtilité Monsieur et servant avant tout l’histoire !
L’omniprésence de l’humour est également TRES appréciable car il fait vraiment mouche quand il faut. Je me suis bidonné à bien des reprises au cours du jeu et rien à dire, c’est que du bonheur !

Mais ce n’est pas tout, il faut que je vous parle absolument des quêtes annexes, de leur merveilleuse interface ainsi que de leur utilité.
C’est tout simple, lorsque vous pouvez interagir avec un personnage quelconque, un petit cadre récapitulatif s’ajoutera à votre liste après lui avoir adressé la parole. C’est tout con, mais purée, qu’est ce que ça vous facilite la vie. Les 100 quêtes sont alors plus accessibles au joueur lambda et leur gestion devient vraiment attrayante.
Ajoutons à cela un système de synthèse simple comme bonjour mais purement passionnant, et on obtient un jeu à la richesse et à la potentielle durée de vie inouïes.
En plus de nous permettre de gagner des magnus (les cartes du jeu, utilisées lors des combats) inédits ou d’obtenir matière pour les upgrader, ces quêtes annexes permettent de booster nos statistiques (attaque, défense, résistance, vitesse...) et aussi de voir des aspects du scénario jusqu’alors cachés.
Je ne suis vraiment pas quêtes annexes dans l’âme mais dans Baten Kaitos II, je me suis surpris à gambader d’îles en îles plus de 20-30 heures rien que pour l’attrait qu’exerçaient sur moi ces doux petits "hors jeu" (en plus du fait que je ne voulais pas quitter cet univers si attachant et faire durer le plaisir).

La quintessence d’un système de combat
Tri-Ace a participé au développement du jeu.
Ils se sont occupés du système de combat, et au lieu d’améliorer ce qui avait été fait dans Baten Kaitos, ils ont littéralement sublimé le gameplay. Je dois vous avouer que je pense sincèrement qu’ils nous ont pondu là l’un des tout meilleurs systèmes de combat que le RPG ait jamais connu.
Basé sur l’élaboration de "deck" à la gestion rigoureuse et déterminante, la stratégie prime sur le leveling sauvage. En ce sens, si vous mourrez, c’est que vous vous êtes lamentablement planté dans l’élaboration de votre deck, et puis c’est tout.
L’accent est mis sur votre capacité à constituer un stock de cartes adapté à toute situation. De plus, ce système accorde aux imaginations les plus folles une liberté totale pour confectionner toutes sortes de stratégies (petite anecdote personnelle : voyant que je me faisais exploser en chaine par le même boss, ma femme m’a proposé de la laisser faire : j’ai rigolé en voyant son deck et fut très sceptique... elle l’a exterminé, j’avais l’air très con).

Je n’aime vraiment pas les jeux de cartes, mais là, faut vraiment être de mauvaise foi pour ne pas admettre la richesse absolue et la grande subtilité du système de Baten Kaitos II.
La facteur chance est complètement écarté car contrairement au premier épisode, on peut désormais virer des cartes dans notre main afin de mieux brasser le deck (en contrepartie d’une très légère attente). Au demeurant, l’arrivée des cartes est régie selon la situation de la bataille si vous entretenez avec le personnage une bonne complicité (il vous pose souvent des questions dont vous devez choisir les réponses).

Relay Combos, mode BURST, EX combos, enchainements de tarés qui font exploser les HITS, niveaux de la barre de MP, auras, magnus upgradables... Putain, mais voilà quoi, c’est juste fantastique.
C’est supra speed, les coups et pouvoirs sont sublimes et ne tombent jamais dans l’excès visuel, c’est intense, tactique et jouissif... c’est purement bon, tout simplement.

L’art au service du Jeu Video
Comme dans Chrono Cross, les décors et les cartes sont en 2d alors que les personnages et les combats sont en 3d.
Baten Kaitos II est surement et malheureusement l’un des derniers jeux à nous proposer ce mixte si délicat.
Cette recette traditionnelle qui faisait le bonheur de nos sens à l’époque 32 bits garde sa grande saveur, même 2 ou 3 générations de console plus tard.
A l’heure où la HD impose ses milliers de polygones de merde, qu’est ce qu’il est bon de s’enivrer au sein de ces peintures interactives !
Chaque nouvel écran est une douceur visuelle, une invitation au voyage. Les couleurs nous transportent dans un univers chaleureux et accueillant, les architectures rocambolesques épatent.
Tout dans ce jeu transpire une créativité débordante et inspirée, qui va jusque dans le bestiaire et les accoutrements des autochtones.


Je me répète mais quand on voit que Nomura et ses personnages beau-gosses insipides sont adulés alors que le magnifique petit monde de Baten Kaitos est chicané, critiqué et discrédité... je me dis que le monde est bien con. Qu’il ne voit que la surface des choses et se trompe misérablement sur la véritable valeur et le sens profond de la Beauté.
Je divague. Toujours est-il que l’aspect visuel de Baten Kaitos II est fort, il est frais, il est splendide, sensationnel.

Un petit mot quand même sur le moteur 3d du jeu.
Il s’inscrit parfaitement dans la pensée selon laquelle un beau jeu, ce n’est pas un jeu à la pointe de la technologie. Bien au contraire même : loin du réalisme froid et sans saveur d’une majorité de jeux actuels, il assure son rôle de support (car ne l’oublions pas, l’image n’est qu’un support !)
Les textures sont plutôt pauvres, les détails manquent mais bordel qu’est ce qu’on s’en tape ! La 3d s’intègre harmonieusement avec l’habillage 2d et possède un aspect "dessin animé japonais" très plaisant.

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Le personnage en 3d s’intègre parfaitement aux somptueux décors 2d.

Niveau symphonique, c’est Motoi Sakuraba aux commandes et que dire si ce n’est qu’il récidive une nouvelle fois dans la conception parfaite de musiques de jeu !
Le monsieur avait placé la barre TRES haute dans le 1er épisode (pour moi, son meilleur travail), et même si ce nouveau jet n’atteint pas la puissance de son prédécesseur, la BO cartonne méchamment !
Toujours orchestrales, ces nouvelles musiques gardent également un rythme très fracassant sur fond de cuivres et de splendides envolées lyriques.
A ces éloquentes musiques guerrières viennent s’ajouter des morceaux de PUR rock progressif dont seul Sakuraba détient le secret ainsi que des airs plus mélancoliques ou enjoués. Mention spéciale à "Ali del Principio", chantée par la fille de Sakuraba : une chanson aux multiples facettes qui va droit au coeur et émeut comme rarement (j’en ai eut des frissons, des larmes aux yeux).

Sinon, les bruitages claquent bien.
Surtout en combat où ils soulignent vraiment l’intensité de l’action : ça claque, cogne, défonce et explose bien comme il faut !
Lors de l’exploration, ils sont plus discrets, parfois même inexistants, mais restent appropriés et agréables.

Le mot de la fin
Privé d’un support financier décent suite à l’échec commercial du premier épisode, Baten Kaitos II est la plus noble illustration que l’on peut faire un PUTAIN DE BON JEU avec peu de moyens et sans basculer dans la profusion ridicule et l’outrance visuelle (Square-Enix, non je ne te vise pas, mais en fait si...).
L’apparente austérité de la mise en scène fera surement railler le sot qui n’y verra que de la badauderie, alors qu’elle fera frissonner qui aura gardé son âme d’enfant et son imagination.

Echafaudé sur une audacieuse inspiration, une ingéniosité débordante, ce somptueux conte ludique m’a marqué à vie, marqué au fer rouge d’une empreinte indélébile.
Quelle abjection suprême qu’un jeu de cette trempe ne connait le succès qui lui incombe... halala, dans quel monde vit-on ?!

Kenji-kun... apologiste du meilleur RPG de la génération 128 bits !!!
(Fevrier 2009)

— > Afin d’améliorer votre compréhension générale de ce chef-d’oeuvre, voici un petit "guide" (réalisé par mes soins) qui se contente de traiter des points essentiels du jeu (qui ne sont souvent pas expliqués, ni dans la notice ni dans le jeu) : cliquez ici
Amusez-vous bien !


NOTE : 10/10


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