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Phoenix Wright : Ace Attorney

Un avocat...

samedi 13 mai 2006, par rifraff

A la base

« Phoenix Wright » est un jeu tout à fait atypique. Il s’agit d’un roman policier interactif où toute l’action passe par des textes s’affichant à l’écran. Il est donc plus que recommandé au joueur de savoir lire car l’option « appuyer n’importe où comme un malade en faisant des bulles de bave avec sa bouche » ne fonctionne pas avec ce jeu !

Mais logiquement pour vous, si vous êtes arrivé jusque là et que vous lisez cette phrase, il n’y a pas de problème ! ;) C’est quoi cette bulle qui sort d’une de vos narines ?

L’histoire commence lorsque Phoenix Wright, jeune avocat sans expérience, apprend que son meilleur ami, Paul Defès (ça ne s’invente pas) est accusé du meurtre sauvage de sa petite amie.

Avec l’aide bienveillante de sa patronne, la belle Mya Fey, notre avocat débutant va alors tout tenter pour éviter à son ami d’être déclaré coupable.

Une tâche qui s’annonce particulièrement ardue parce que d’abord tout accuse le pauvre Paul mais aussi parce que l’avocat de l’accusation (et vieil « ami » de Phoenix...) Benjamin Hunter est réputé pour user de tous les stratagèmes, même les plus vils, pour arriver à ses fins...

C’est le début d’une histoire rocambolesque pleine de suspens et de retournement de situation ou vos petites cellules grises seront mises à rude épreuve ! Le jeu comporte cinq épisodes correspondant à cinq affaires différentes, même si des liens existent entres elles, et qu’à la fin, elles forment un tout. Toutes les affaires sont construites sur le même schéma : un crime odieux et un suspect idéal que Phoenix Wright devra innocenter au cours d’un procès riche en coup de théâtre...

Le titre original du jeu, "Gyakutenaïban" donne d’ailleurs assez bien le ton. Il signifie en français « procès à rebondissements multiples » !

Les quatre premières affaires sont en fait celles contenues dans les deux épisodes Gameboy ; Seule la cinquième est totalement nouvelle et donc « inédite » (pour les rares s’étant essayé aux jeux originaux).

Naturellement les épisodes Gameboy ont été adaptés de manière à profiter du double écran et des fonctionnalités tactiles de la DS- car tout le jeu se joue au stylet. Même si le dernier épisode est celui qui utilise le mieux les capacités de la console du fait qu’il a été créé spécialement pour. Il propose par exemple la possibilité de scruter chaque indice en 3D, ce qui s’avère très pratique, surtout lorsqu’on repense à l’une des premières enquêtes (issue de la gba, donc) où une preuve déterminante se trouve au dos d’une photo et qu’on ne peut pas y accéder car les indices sont figés (-on ne peut pas les regarder sous toutes les coutures) ! Il faut attendre un rebondissement bien précis dans le scénario pour qu’enfin on puisse retourner la photo et découvrir ce qu’elle cache... Mais chut, je ne vous ai rien dit !

« Phoenix Wright » est donc la première simulation d’avocat vidéo-ludique à voir le jour sur consoles. Et c’est une vraie réussite !

Le jeu est captivant de bout en bout. Il s’agit d’une comédie policière enlevée qui se distingue par une mise en scène énergique et inventive, et surtout par des dialogues, bourrés d’un humour ravageur peu commun ! Il n’est pas rare d’exploser de rire devant sa console, scié en deux par des gags délirants au possible ! Avouez que c’est rare !

Certaines situations ou petites phrases assassines sont dignes, pour les connaisseurs de « Y a t il un pilote dans l’avion » et de « Monthy Python Sacré Graal ! » ou encore de« Sauvez Willy III ». Un vent de folie et de non-sens absolu souffle littéralement sur cette cartouche et pour peu que vous y soyez sensible, vous serez aux anges !

C’est un véritable plaisir de progresser en lisant les différentes interventions des uns et des autres... Chaque personnage possède son propre style linguistique qui le distingue des autres : certains sont adeptes du mot qui tue, d’autres parlent par énigmes ou encore, emploient le langage Sms... Il n’y a rien à dire, le travail sur les personnages comme sur les scénarios d’ailleurs est tout bonnement excellent. Et pour une fois la traduction française est à la hauteur- ce qui était indispensable pour apprécier pleinement le jeu.

Le côté déjanté du jeu est accentué aussi par l’aspect Manga des personnages dont le design est d’ailleurs, là encore, très réussi. Il colle parfaitement avec la psychologie des personnages. On ne serait pas étonné d’apprendre l’existence d’une série animée tant les personnages sont bien travaillés. Dans le jeu, à vrai dire, on est très loin d’un dessin animé ! (Quoique !) Et d’ailleurs on ne peut pas à proprement parler "d’animation" car chaque personnage n’a au plus que trois ou quatre expressions à son actif : Colère, stupéfaction, résignation, joie, etc. Expressions qui varient naturellement au gré des dialogues qu’ils sont sensés tenir. Mais cela suffit amplement à dynamiser l’action, d’autant plus qu’elle est soutenue par une bande son parfaite qui sait faire monter le stress quant il le faut.

"Phoenix Wright" est donc une « simulation d’avocat " à la sauce Manga. Il ne faut surtout pas chercher un semblant de vérité dans le déroulement des audiences ou même des enquêtes ! Le jeu s’inspire plus de l’idée que l’on se fait du monde judiciaire que de la réalité proprement dite. On est loin, et c’est tant mieux d’une simulation « sérieuse » et exacte du travail d’un avocat. Nous nageons en plein dans les clichés et dans l’image que l’on se fait des procès...

D’ailleurs, j’ai la malchance de connaître un peu le milieu et je vous promet que pour trouver un "bon" avocat, il faut se lever tôt, ou avoir de quoi le payer ! C’est atroce, mais les avocats, ça se paye au prix fort ! Et si vous êtes à l’aide juridictionnelle et que votre affaire est compliquée (c’est à dire qu’elle nécessite au moins un coup de téléphone, une écriture et deux allers et venues...) Autant vous dire que vous êtes mal ! Vraiment la réalité est loin, très loin de la fiction ! Et c’est plutôt flippant ! Etre innocent ne suffit pas ! (Tiens on dirait le titre d’un James Bond !) Mais bon, si Ally Mc Beal existe, je veux bien qu’elle me mail !

Pour en revenir au jeu, on peut dire que « Phoenix Wright » est en quelque sorte le pendant en jeux vidéo des « films de procès », ce genre à part entière popularisé dans les années 50 par le célèbre « Témoin à Charge » de Billy Wilder avec Marlène Dietrich et Charles Laughton ou « Douze Hommes en colère » de Sydnet Lumet, ou encore, plus récemment par « Le Maître du jeu » de Gary Fleder, etc. Sans oublier les séries télé comme « Ally Mc Beal » justement ou « The Practice », « New York District » et « Boston Legal »...Ou encore "Perry Mason".

Comme dans cette célèbre série, chaque affaire est séparée en deux parties distinctes : l’enquête et le procès. Dans la première, il s’agit de réunir le plus de preuves matérielles possibles en allant interroger les témoins du drame et en passant au peigne fin (ou plutôt à la pointe du stylet) les lieux du crime...

Les discutions avec les témoins passent par l’écran tactile qui propose à chaque fois plusieurs thèmes à choisir avec son stylet. Un choix tout relatif, car de toute façon vous finirez toujours par poser toutes les questions proposées ! C’est la même chose pour la collecte d’indices, tant que vous n’aurez pas farfouiller partout et trouver TOUS ce dont vous aurez besoin pour innocenter votre client, impossible d’accéder au procès...

Ce n’est pas franchement la partie la plus intéressante même si l’écran tactile rend la progression très confortable et qu’une fois encore l’humour des situations et des dialogues est irrésistible !

Tout le sel et l’intérêt du jeu est contenu principalement dans les phases de procès dont les issues sont toujours plus qu’incertaines. Les embûches sont nombreuses. Les témoins n’hésitent pas à mentir comme les avocats de l’accusation ! On croit toujours que l’on va y arriver et hop ! Un imprêvu chamboule tout !

Il faut donc être très attentif et, à chaque fois, essayer de trouver des contradictions dans les déclarations des témoins en les confrontant aux éléments qu’on a trouvés lors de la phase d’enquête.

Il faut faire preuve de logique et de méthode car des interventions à tord et à travers seront fatalement pénalisées par le juge. A vrai dire, le juge ne tolère que cinq objections non fondées... Mais il faut aussi savoir que le juge est souverain et qu’il peut parfois, à cause d’une mauvaise interprétation de notre part, déclarer tout d’un coup notre client coupable sans attendre les cinq erreurs ! Bonjour l’angoisse !

Pour se plonger un peu plus dans l’ambiance, il est possible d’interrompre une déposition suspecte en criant « Objection ! » dans le micro de la DS ! Ou encore « Un instant ! » ou « Prends ça ! ». Une fonctionnalité délirante et inédite qui vous fera passer pour un barjot. Mais avec la DS, on commence à avoir l’habitude de ce genre de situation !

Chaque histoire réunit tous les ingrédients inhérents au genre : le juge intransigeant et pince sans rire, ses coups de maillet intempestifs et son inévitable « silence ou je fais évacuer la salle », les retournements de situations improbables et les témoins de dernière minute salués par le brouhaha du public, les effets de manche de l’avocat de l’accusation, les objections rejetées ou accordées, les coups de bluff, etc, etc.

Si la première affaire se résout très facilement, la difficulté est progressive et les deux dernières sont plutôt gratinées et mettront vos deux neurones dans tous leurs états ! Mais rien non plus de rédhibitoire, rassurez vous ! Il faut juste si on ne veux pas reprendre le procès depuis le début (en cas d’erreur fatale) prendre la précaution de sauver sa progression de temps à autre. En sachant que l’on ne peut malheureusement que sauver ET quitter... Ce qui nous oblige à quitter le jeu pour y revenir ! C’est un peu dommage...

Tant que je suis au rayon du râleur relou, on peut aussi regretter que le jeu soit aussi dirigiste et ne permette aucun écart même si c’est le genre qui veut ça. Impossible, par exemple, si on a une idée de génie, de la concrétiser. Si on devine avant la fin le nom du coupable avec la preuve qui tue, il faudra tout de même attendre le moment approprié pour la sortir : si vous le faîtes avant, il y a de grande chance que le juge vous pénalise ! Je crois que l’immortel Calimero disait "C’est vraiment trop injuste !" C’était un sage à sa manière. Il faut dire aussi que je suis suprêmement intelligent, ce qui explique aussi cela. Ce n’est pas ma faute, je suis né comme ça. Je suis dément.

Mais bref, vous l’aurez compris, ce jeu est un indispensable de la DS pour tous ceux naturellement qui aiment les enquêtes policières et qui n’ont pas peur de lire plus de trois lignes à la suite ! Les personnages sont extrêmement attachants et on prend plaisir à suivre leurs mésaventures. On est littéralement captivé par chaque affaire dont on a à coeur de résoudre les énigmes les plus tarabiscotées et dignes des meilleures séries policières américaines !

Voila donc un jeu inovant et passionnant qui vous tiendra en haleine durant une dizaine d’heures... Ce qui peut, à première vue, sembler peu, d’autant plus qu’une fois le jeu terminé et les intrigues démêlées, il y a peu de chance que vous y retourniez... Mais l’expérience est tellement intense et délirante que vous auriez vraiment tord de passer à côté de ce petit bijou qui impose, une fois de plus, la DS comme la console la plus originale de sa génération ! Et je ne veux entendre aucune objection !

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