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Wolf’s Rain

La nouvelle r

jeudi 14 avril 2005, par Aalok

S

Wolf’s rain est édité en France par le nouveau venu et très prolifique Beez (Wich hunter robin, Clamp school detective). Fort de cette diffusion et d’une réelle réussite commerciale, la série s’est alors octroyée la place de meilleur révélation de l’année 2004 dans le magasine Animeland (N°105). Dès lors motivée par ce succès populaire la chaîne Mangas apparemment en rapport étroit avec Beez (diffusion de Wich hunter robin en VO fin 2004) a entrepris la diffusion de la série dans une VF exclusive dirigée par Thierry Kazazian (Cowboy Bebop, RahXephon, Full metal alchemist) (l’édition DVD est uniquement en VO) du 5 janvier au 15 février à 18h50. L’horaire bien pensé lui a permis de ne pas être en concurrence directe avec La KAZ de Canal +(contrairement à la programmation de Game one qui s’entête à diffuser ses séries à 18h00). De plus depuis que l’offre de base de Canal sat lui a ouvert ses portes, la chaîne a gagné 2 millions de téléspectateurs potentiels. Si l’on rajoute à cela les offres de bouquet numérique qui se diversifient, il paraît évident que Wolf’s rain est une série qui aura eu un très vaste public. La chaîne ne s’y est d’ailleurs pas trompée en redessinant tout son habillage aux couleurs de la série.

Homo homini lupus est

Basé sur une idée originale de NOBUMOTO Keiko (Cowboy bebop, Tokyo godfather excusez du peu !) Wolf’s rain est donc une histoire de loups. Ces derniers évoluent dans un univers contemporain alternatif baignant dans une atmosphère de fin du monde. Race en voie d’extinction, ils sont les derniers représentants d’une espèce supérieure qui aurait été, selon les dires d’une mythologie obscure et légendaire, le modèle choisi pour créer l’homme. Mais leur existence même est aujourd’hui considérée par la plus grande partie de la population comme un joli conte d’enfant un brun désuet. Les loups n’existent plus ou n’ont jamais existé voilà en somme ce qui se dit à leur sujet. C’est ainsi que l’on rencontre Tsume ( "griffe" en japonais). Rebelle tout de cuir vêtu à la chevelure grisonnante ponctuée par une petite queue de cheval très fine. Son design est étrange, perdu au beau milieu des années 80 ou dans Ken le survivant, on ne sait trop comment l’appréhender. Sa personnalité par contre est très vite identifiable. Tsume est un rebelle solitaire. Meneur d’homme, il ne fait confiance à personne et utilise ses comparses afin de l’aider dans ses opérations de vol à grande échelle (l’anime commence par l’attaque d’un train, rien de moins !).

Mais tout bascule le jour où sa bande découvre caché dans un arbre un grand chien blanc. À peine réveillé le « gros chien » saute sur deux membres du groupe et les égorge. Tsume lui court après en faisant preuve d’une agilité surhumaine. Finalement dans un lieu un peu isolé, les deux protagonistes se parlent. Le loup blanc insulte Tsume en lui reprochant de s’avilir en prenant la forme d’un humain. Un combat très violent s’engage. De cette confrontation on comprend que les loups peuvent vivre parmi les hommes en prenant leur forme. Il ne s’agit pourtant pas d’une transformation. Entre eux les loups se voient, mais les hommes n’ont pas la capacité de les reconnaître sauf si le loup se montre délibérément dans son état naturel. En règle général nos compagnons évoluent donc sous une forme humaine, et seul les combats, ou certains passages, nous laissent découvrir leur réelle nature. Dés lors se présentent à nous de nouveaux protagonistes. Le loup blanc prend le nom de Kiba ("croc" en japonais) et devient le réel héros de notre histoire. Sous sa forme humaine son design est assez sympa, cheveux mi-longs brun, vétu du blouson de Ryo Hazuki (Shenmue) et d’un bon vieux blue jean. Animé par un seul but : découvrir le Rakuen, c’est à dire le paradis perdu des loups, il va en fait entraîner tous ses compagnons dans une quête éperdue qui va donner corps à toute la série. Pour se faire se joint au petit groupe deux autres loups un peu perdus : Toboe (prononcez "toboé" ce qui signifie "hurlement" en japonais) jeune loup au poil marron à la personnalité fragile et au physique chétif, ainsi que Hige (prononcez "igué" ce qui signifie "moustache" en japonais) loup un peu blasé épisodiquement intéressé par l’idée de manger ou de conter bleuette à une gente demoiselle... euh louvette...

Voilà donc nos quatre personnages principaux embarqués dans la quête d’une hypothétique terre promise. Pour se faire, ils doivent impérativement rencontrer la fille-fleur Cheza qui dégage un si doux parfum... Mais les nobles, caste dominante légèrement décadente, qui gravitent dans les hautes sphères du politique se menant une guerre fratricide impitoyable et quasi immémoriale, ne l’entendent évidemment pas de cette oreille et vont jouer bien des tours pendables à nos quatre loups... qui ne sont pas au bout de leur peine.

Un nouveau canon de réalisation

OKAMURA Tensai (Android Kikaider, Naruto the movie et l’animation du film Ghost in the shell de OSHII Mamoru) est aux manettes de la réalisation, et pour une première œuvre majeure en tant que réalisateur, il mène sa création d’une main de maître. Le trait est agréable, l’animation donne vie à un univers qui fourmille de détails. Ainsi, on sent qu’un très gros travail a été fourni pour l’animation des loups. Leur démarche retranscrit fidèlement la réalité. Mais c’est surtout l’animation de leurs avatars humains qui impressionnent, par des petits trucs, des inclinaisons, certaines façon de se mouvoir on arrive à entrevoir à travers leur apparence humaine leur nature de loup. L’image est parfaite, les couleurs vives et intelligemment choisies sont très agréable à contempler. La mise en scène des phases d’action est très dynamique, alors que les choix de prise de vue, donnant vie à des moments plus intimes, laissent transparaître au mieux les émotions des personnages. Le tout est donc servi par une réalisation exemplaire. Très peu de flash-back, de glissement de cellulo, l’image est très rarement statique, instituant quasiment une nouvelle norme de qualité dans l’animation TV.

Le charac design assuré par KAWAMATO Toshihiro (Lamu, Cobow bebop) n’est pas non plus en reste et n’a rien laissé au hasard, mais quelques choix peuvent surprendre. De son propre aveux, dans une interview accordée au magazine Animeland N°109, il confesse avoir voulu créer des personnages et un univers inspiré par l’Art nouveau [1]. Ce mouvement a une approche très douce, très féminine et végétale du monde, et il parait assez incompatible avec une série plutôt orientée vers l’action. Le résultat définitif est d’ailleurs un mélange, que les jaquettes des DVD illustrent bien : une image très art nouveau un peu fanée, avec un cadre orné de fioritures florales très rondes et une typologie du titre très agressive...

Mais surtout ce sont les personnages créés qui peuvent laisser un peu perplexe. Kiba et Tsumé ont un caractère bien trempé, mais leur design reste très particulier et laisse parfois un sentiment un peu fade. Sentiment confirmé par les prestations de Toboe et Hige qui brillent par leur manque de charisme et leur absence de rôle durant TOUTE l’histoire. À vouloir absolument créer une meute de loup avec quatre héros (et même plus par la suite), il devient très difficile de permettre à chacun d’exprimer sa personnalité et d’avoir un rôle pertinent.

Cependant certains personnages évitent ces écueils. Tout particulièrement les nobles qui dégagent une intensité, une mélancolie sombre très profonde. Darcia ferait presque passé Folken (Vision d’Escaflown) pour un clown tant il est à la fois charismatique et torturé. Hamona et Jagara sont magnifiques, elles incarnent la grâce, la féminité...En fait, c’est tout l’univers de cette aristocratie décadente, où s’entremêlent amours maudits et enjeux de pouvoir, qui est infiniment séduisant. Sher, une scientifique lié à l"histoire par ses recherches sur Cheza, bénéficie aussi d’un très joli design, mais sa place dans le développement de l’histoire, en compagnie de son mari, est vraiment trop tarabiscotée pour pouvoir si intérésser. Tandis que Cheza, la fille-fleur, personnage tout droit sorti du plus Kawaï [2] des mangas, incarne avec ses jolis cheveux roses et sa nature, son essence florale toute la vision créatrice de M.KAWAMATO. Personnage "clé" de toute l’histoire, elle est par la douceur de ses traits et de son caractère très agréable à accompagner. Enjeu de toutes les luttes, elle est parfois violentée et monopolisera alors toute l’attention du spectateur qui voudra la protéger.

Une oeuvre Baroque [3]

A défaut d’art nouveau n’en déplaise à M.KAWAMATO, Wolf’s Rain pourrait plutôt être qualifié d’œuvre baroque. À force de vouloir condenser dans 26 épisodes toutes sortes d’inspirations, nous obtenons finalement un patchwork un peu déséquilibré. Les scène d’actions de grande puissance, nous livrant un combat épique entre notre meute de loup et des troupes nobiliaires, succèdent à de longs moments de errements où l’on se contente d’aller d’un point "A" à un point "B" en trottinant, ou en frittant quelques scarabées méchants ou autre otarie bourrée... Les rebondissements sont assez mal construits et très artificiels. Untel enfin retrouvé est tout de suite enlevé et l’histoire se résume vite à aller chercher machin parce qu’il s’est 1) perdu, 2) fait enlever, 3) cassé de son plein grès : usant. D’autant plus que les personnages secondaires qui gravitent autour de la meute paraissent complètement dépassés par les enjeux de l’histoire : ici un chasseur de loup alcoolique à la haine caricaturale, là un couple d’humain à la dérive lié par quelques astuces scénaristiques à la trame générale. Les états d’âmes de ces derniers, s’ils sont réalistes, n’en demeurent pas moins très ennuyeux et l’on assiste même à une scène quasi culte de lenteur et de néant, quand Quent (le chasseur) et Hubb (le détective), mari du couple susdit, voyagent en voiture... Un grand moment de rien...et qui dure et qui dure... « RONFLL... » Alors que quelques minutes après, la tristesse, la souffrance exprimée par Darcia sera totalement bouleversante et retournera les tripes du plus blasé des spectateurs. Etrange... La musique pourtant menée par KANNO Yoko (Vision d’escaflown, Cowboy bebop) est elle aussi à l’image de la série : baroque. Le générique, s’il n’en demeure pas moins une bonne chanson pop entre du Phil collins et du David Haliday, est à des années lumières du chef d’œuvre que peut-être celui des Vision d’Escaflown. Chanté en anglais, très rythmé et limite enjoué ce single intitulé « Stray » paraît surtout complètement décalé encore une fois avec la ligne artistique proposée par M.KAWAMOTO et MORIKAWA (directeur artistique de la série qui a notamment travaillé sur Kenran Butou Sai). Il ne s’en dégage aucune émotion palpable et en tous les cas absolument rien ne pouvant rappeler la thématique de l’art nouveau...Le générique de fin (interprété par Maaya Sakamoto), plus mélancolique est plus agréable à écouter, mais pourquoi diable le chanter à nouveau en anglais ? ! ! S’ensuit des compositions tantôt magistrales, lorsque les violons et les touches de piano glissent sur les émotions des personnages, tantôt totalement incongrues avec des petites guitares hispanisantes très agaçantes et même une bossa nova sortie de nulle part, qui donnerait envie de détruire sa chaîne à la hache. Encore une fois, à trop vouloir varier ses influences Mme KANO semble se prendre les pieds dans le tapis et nous livre une B.O. qui, si elle est une incontestable réussite technique, n’en demeure pas moins sans âme, sans aucune ligne directrice. Et si elle avait en partie réussi ce grand écart avec ses partitions de Cowboy bebop, le pari semble pour cette fois totalement manqué. Mais en fait c’est toute la série dans son ensemble qui semble manquer de cohérence. Dévorés par une ambition artistique indéniable, les créateurs ont été apparemment totalement dépassés par leur sujet. Au risque de mettre en scène une histoire trop complexe, on se retrouve avec au pire un jeu de cache-cache ennuyeux, et au mieux avec une quête plombante de linéarité. Les états d’âmes des personnages souvent triviaux sont la plupart du temps inintéressant et seuls quelques intervenants aux caractères bien trempés motiveront le spectateur (Kiba, Tsumé, Darcia, Jagara, Cheza). De plus, certaines réflexions, façons de voir les choses, de nos quatre protagonistes principaux liées à leur personnalité inhérente à leur nature de loup, sont parfois très étranges puisque venant de la part de personnage que le spectateur identifient malgré lui comme des êtres humains (à 90% du temps ils apparaissent sous cette forme ! ). Il est donc souvent très perturbant de suivre des personnages animés par des préoccupations de loup... Ainsi Toboe décide de rester parmi une tribu d’indien qu’il a croisé il y 5 minute montre en main, en plein milieu de l’histoire parce qu’il les trouve gentil ( !), Hige, quand il n’a pas faim, raconte qu’il fait pipi quand il parle à une louve, Kiba qu’il veut aller au paradis (hé oh ya le temps ! ) et finalement Tsumé est le personnage qui nous parle le plus car ayant une personnalité en définitive très humaine. De ce fait oscillant entre leur nature de loup et un comportement humain les personnages de notre histoire sont difficilement attachant car ne proposant aucun repère d’identification envisageable. Cette percêption de la mentalité des loups et de leur motivations, n’est d’ailleurs pas sans poser des problèmes idéologiques. Les loups sont différents des hommes. En un sens, ils sont même une sorte de race supérieur qui elle seule à le droit d’accéder au paradis. Ce simple énoncé est déjà en soi dérangeant. Le problème vient justement du fait que la confusion sur la nature des loups est totale, puisque l’on opère forcément une anthropomorphisation à leur égard. De ce fait, du statut de loup, nos protagonistes passent à celui d’hommes supérieurs, d’élus. C’est un parti prix assez surprenant et limite malsain. D’autant plus que le malaise est accentué par la personnalité de Kiba. Certes il apparait comme volontaire, très courageux, mais sa motivation ne suit qu’une sorte d’instinct galvanisé par l’odeur de Cheza. Nous voilà donc avec des hommes déterminés, privés de toute liberté, ne pouvant vivre qu’en suivant une destinée tracée et conditionnée par leur essence de loup. Si l’on opère un parallèle avec la condition humaine actuelle, les revendications communautaires et éthniques qui explosent et qui, sous couvert de tolérance, enferment l’individu dans un determinisme culturel, lié à sa communauté d’origine, sa couleur, sa religion, l’on obtient un message assez ambigü et hautement critiquable. Seul Tsume montrant un visage plus humain, laisse entrevoir la possibilité de vivre librement, mais même lui finira par être impliqué dans cette recherche du Rakuen.

Le fond de l’histoire implique donc un débat très complexe qui a pourtant du mal à pleinement s’exprimer. On sent bien que les scénaristes ont conscience du poids idéologique de leur choix narratif, ils essaient donc par quelques prises de positions de tel ou tel personnage de justifier leur vision. Mais l’impression globale qui en ressort est un manque de maîtrise de son sujet et des idées qu’il implique. D’autant plus, que la forme du récit est aussi victime d’un manque chronique de cohérence. Ainsi, les choix artistiques concernant les décors souffrent d’une trop grande diversité. Les intérieurs gothiques, du manoir délabrés de Darcia, contrastent violemment avec les étendus désertiques, entourant un campement indien. Les bourbiers urbains côtoient des mégalopoles de très haute technologie. Les intrigues politiques qui animent le triumvirat nobiliaire (Jagara, Darcia et Orka) si elles aiguisent fortement la curiosité dans un premier temps s’avèrent sans grand intérêt et confuses. En définitive l’œuvre semble accuser le poids de ses ambitions initiales et ressemble à une sorte de Pacte des loups( !!) en animés, les influences diverses explosent dans tous les sens et à défaut d’enrichir un univers, elles lui enlèvent toute cohérence, lui interdisant l’expression d’une âme singulière. La volonté, fort louable, de créer un ensemble qui ne se réduit pas à un microcosme géographique lié au village du coin, est gâchée par un propos absolument impossible à condenser en 600 minutes. Au final, tout est simplifié, mais il manque des données, des questions restent en suspent et le résultat devient très confus, alors que paradoxalement des moments d’une extrême longueur donne l’impression de perdre du temps...

On se raccroche alors à Kiba et Cheza, et derrière eux à la recherche du Rakuen. On espère quelque chose de bouleversant, un final en apothéose. La marche en avant des dix derniers épisodes, avec la disparition des scènes parasites du début, l’accélération du rythme, l’entrée en scène de Jaguara et une ambiance globalement plus sombre, sont autant d’éléments qui laissent augurer du meilleur. Les quatre derniers épisodes (éditées au japon sous la forme d’OAV) nous épargnent même l’opening et nous livrent une réalisation réhaussée d’un ton. On espère, on vibre presque...Enfin... Et finalement le tout aboutit sur un véritable jeu de massacre, misérabiliste, larmoyant au possible, une violence gratuite que rien ne justifie, et ce, au détriment d’un dénouement, que les plus indulgents qualifieront de conceptualo-lynchien, et les plus sévères, de foutage de gueule intégrale... Une œuvre bancale, qui montre bien qu’au final l’équipe a surement du composer avec différentes formes de pression. Ce qui donne une création qui navigue un peu à vue, entre des inspirations artistiques et une idée originale très fortes et des contraintes extérieurs qui ont du imposer leurs quotats de scènes d’actions, de personnages secondaires... Cependant, j’en conseillerai pourtant la vision ne serait ce que pour sa réalisation et quelques personnages marquant (Cheza, Jagara et surtout Darcia ), quelques compositions de Mme KANO, et quelques moments de grande poésie, mettant notamment en scènes l’univers des nobles et les relations entre Kiba et Cheza. Mais de là à se lancer dans l’achat des 7 DVD à 25 euro pièce, il y a un pas difficile à franchir, d’autant plus que la série est entachée par 4 épisodes résumés (15,16,17 et 18) dispatchés entre deux DVD...et par l’obligation d’acheter le DVD 3 dans une édition incluant un coffret en carton, donc plus cher...

Aalok

P.-S.

Dessin-anim

Notes

[1] mouvement artistique de la fin du XIX ° et début XX° marqué notamment par les créations de Mucha ou par les bouches du métro parisien de Hector Guemard, un art très floral en somme

[2] "mignon" en japonais

[3] Baroque adj. Ce qui est inattendu, inhabituel, incongru.

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