Consoles-Fan
19/10/2018

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Un Long Dimanche De Fian
Jeunet nous conte
une bien jolie fable historique.

L’image est un peu fan

Eté quatorze la France s’arme dans l’enthousisame patriotico-républicain pour aller bouter le teuton barbare... Mais l’angoisse est un peu là, tenace elle rappelle vaguement que de la guerre parfois on ne peut revenir. Elle le sait. Elle le sert contre son sein son Manech. Grand enfant innocent, un peu naïf mais conscient que s’en aller lui déplait. Il est son plus beau miroir, à elle qui, boiteuse, fut souvent ésseulée... Il l’a traitée de grenouille de bénitier n’est ce pas là un moyen charmant d’attiser les bleués d’un tendre amour d’enfant. Alors ils s’amusent en haut de ce phare, comme caché des yeux du monde, au sein d’une cité d’enfants un peu moins perdus... Pourtant Manech n’est pas rentré... Elle le sait bien il n’est pas là et pourtant six ans ont passé. Mais rien n’y fait elle ne peut s’y résigner. Alors suivant les traces de son intuition, elle s’en va chercher comme ça un peu au hasard, un peu par là...

Quelques trésors d’ingéniosités plus tard, et petit à petit se dessine ce très joli et fragile puzzle de l’esperance...

Jeunet nous promène alors, dans ce Paris du début du siècle. On le connait si bien , c’est celui d’hier, celui qu’en fait l’on n’a jamais connu. La lumière, les murs, les dames aux ombrelles, les Citroëns à tractions, les chapeaux, les bicyclettes (attention au gravier !), la vente du journal à la criée, ses cafés, tout y est, et ce qui n’y est pas résonne dans notre esprit... Charmant Paris un peu désuet, un peu embourgeoisé, mais non rien n’y fait... Definitivemment charmant... Nostalgique aussi surment un peu c’est vrai. Mais quoi de plus légitime, comment ne pas regretter, comment ne pas aimer ce si joli décor de maison de poupée... Et puis la campagne n’est pas en reste, éclairée, si simplement évéillée, rustique et bien vivante ! Charmante elle aussi à n’en point douter... Oncle (Pinon est toujours aussi délicieux)et tante sont ce couple un peu imagé de la France du terroir. Cette France que par amour iraisonné de l’autre et rejet du même on villipende souvent. Cette France, au mieux ignorée, si joliment jouée est parée de bien jolis reflets.

On en oublierait presque que bon grés mal grés l’enquête avance, elle compte ses péripéties, ses jolis moments de poésies, ses tristesses aussi... Parfois on n’en perd un peu le fil, quelques noms, surnoms, on se sait plus s’embrouillent. Mais qu’importe on est si bien dans cette vieille France, au bras léger de cette douce Mathilde.

Alors oui, la guerre est dure et elle est filmée sans fard, oui on peut être agacé de voir mis en avant une méchante armée condamnant ses soldats, alors que c’est un fait historique on ne peut plus anecdotique. Oui, hélas...Certains verront à nouveau dans Jeunet le chantre de la France moisie. Peut-etre concéderont-ils qu’il le fait en esthète, mais avec de vieux et puants relents nationalistes.

Mais laissons ces jugements déraisonnés à qui aiment les prononcer. Et contentons nous de regarder ce joli tableau animé, où cette jeune femme un peu maquillée, un peu habillée traversant ponts , champs et chaussés, s’en va chercher son beau miroir, égaré dans les boyaux boueux d’une tranchée éventrée.