Consoles-Fan
17/10/2018

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Paradise lost
Quand le m
touche

Paradise vieux briscard du m


Comme vexé par les critiques des fans drapés dans le deuil ensanglanté du métal trahi, Paradise Lost a enfoncé le clou et coupé court à toutes critiques en sortant Host. Les métalleux ne pouvaient plus que se taire, Host n’étant plus un album métal, mais un excellent disque que ne renierait pas Depeche Mode.

L’antichambre de LE album

Paradise Lost continua en affirmant un courant dont il devint le véritable porte drapeau. Une sorte de métal goth sensuel pensé pour s’écouter dans des soirées de musique sombre pour le quart d’heure danse "drague voluptueuse". Se succédèrent ainsi, Believe in Nothing et son Sell it to the world d’anthologie ou encore son Never Again , titre doté d’une ligne mélodique et d’un break orchestré d’une puissance émotionelle rare, et le Symbol of life, album d’une extrême cohérence faisant la part belle aux effets électroniques et enchainant les titres dansés jusqu’à plus soif dans les dernières soirées d’un Koslow chauffé à blanc (boite métal bordelaise malheureusement défunte que j’ai écumé pendant de nombreuses années) ou d’un Barbey (salle de concert bordelaise) rempli à raz bord. Isolate et Erased pour ne citer qu’eux ont ainsi passés le cap de titres cultes de la scène métal goth.

Aujourd’hui sort dans nos bacs leur nouvel opus éponyme. Ce choix d’absence de titre ou de superposition au nom du groupe est en lui même révélateur d’une prise de position très forte de la part de ses créateurs. Le premier album s’appellait Lost Paradise...Sans parler d’album testament, l’on peut donc affirmer que d’un simple point de vue sémantique on assiste sûrement à la fin d’un cycle.

Paradise lost LE album métal : l’objet

La jaquette est illustrée par une image assez sombre. Des reflets bleux pales, maladifs, ricochent sur deux caryatides blanches vues de profil. Elles s’incrustent sur un fond noir, écrin d’une image parfaitement travaillée. Ses femmes à la peau extrêmement blanche sont hérissées de lames, sorte d’excroissances des vertèbres dorsales. Une image froide, douce, belle, ou métal et chair se mèlent avec beauté... On est très loin du dragon rouge ornant le Symbol of Life et instituant une perception assez chaude de la musique. L’image enseigne une inspiration plus triste, plus mélancolique, peut-être plus mature... En tout cas, la plus belle jaquette de l’ère Paradise Lost.

Paradise lost LE album métal : la musique universelle

Tout commence par quelques notes de pianos...comme un certain Draconian Times. Nick Holmes pose son chant réchauffant de sa voix une douce mélopée à peine plaintive, guitare et batterie donnent un coup d’arrêt à cette complainte : Don’t Belong est lancé. Puis tout s’enchaine. Les mélodies sont parfaites. Chaque note parait être un choix mathématique inspiré par une oreille d’artiste accompli. Les phrases de notes touchent quasiment au nombre d’or de la création musicale.

C’est un album brut. Il a la force du métal dans son accomplissement le plus abouti. Les guitares tranchent comme jamais elles ne le firent dans un album de Paradise. Pourtant les riffs restent simples, épurés, pas de fioritures, pas le moindre contre-temps, juste des notes, des coups de médiatores pondérés, assénés au bon moment. En ce sens le riff du chorus de Close your eyes est édifiant : quatre aller/retour étouffés on ne peut plus tranchant, la transition chorus/refrain de Redshift n’est pas non plus en reste. La plupart des mélodies est ensuite interprétée sur une seule corde, les accords n’apparaissant que de temps en temps. Cette façon de jouer donne des lignes mélodiques très pures, où chaque note a son importance. Ainsi Laws Causes alterne entre riff très puissant et break acoustique, l’effet est saisissant d’autant que les solos, qui accompagnent parfaitement les rythmiques principales, sont là pour faire partie intégrante du morceau. Les notes s’enchainent doucement, et chacune d’entre elles portent avec grâce et majesté l’inspiration d’un groupe, de musiciens au sommet de leur art.

Un diamant pur... Le chant de Nick Holmes, parfaitement maitrisé, réchauffe avec beaucoup de douceur, de sensualité, des morceaux qui alternent voluptée gothique et agressivité métallique. Des chorus laissent parfois la voix de Nick seule source de mélodie (Grey ), une timide basse l’accompagnant discrètement en fond sonore. Assurement l’un des plus grand chanteur de la scène métal actuelle, Nick alterne les chants très chaux et grave qui feront craquer toutes les jolies demoiselles, avec des mélodies beaucoup plus aériennes, tout en se préservant des moments, où visiblement courroucé, il exprime une réelle colère renouant avec des vocaux de Draconian Times ou Icon.

L’album tout entier semble d’ailleurs reposer sur cette problématique. Des chorus chantés très agréable à écouter parfois très sombre, voluptueux, certains limite guilleret puis des riffs tranchant coupant la mélancolie ambiante et ouvrant une phase encore plus douce. Le jeu des contrastes est saisissant et cela fonctionne à tous les coups ! Je pense à Grey, Redshift, Sun Fading . Le dernier morceau de l’album Over the Madness enfonce le clou et délivre une composition tout à la fois très lourde (les notes jouées feront vibrer vos enceintes tant les graves sont puissants) et des breaks très aériens : somptueux...samples et guitares solos décrivent des émotions très profondes, vibrant...

La batterie est-elle aussi utilisée avec beaucoup d’intelligence. Pas de "double", pas de break avec roulement d’extra-terrestre, non juste le tempo, puis quand le morceau s’énerve on rajoute de la crash, jamais rien de très complexe mais l’effet est monstrueux et l’on se surprend à remuer la tête commme si l’on écoutait un groupe mille fois plus brutal. La fin de Sun Fading illustre parfaitement cette idée. Il y a un gros riff bien lourd, une mélodie basée sur deux trois notes tournant en boucle puis la batterie rajoute un coup de crash sur les quatres dernières mesures, cela donne une impression de puissance inouïe alors que tout reste parfaitement écoutable pour le commun des mortels.

On sent un fort retour de la période Draconian Times. All you leave Behind en semble tout droit sorti, mais les dernières créations ne sont pas en reste. Les effets électroniques s’immiscent de ci de là toujours avec justesse dans des rythmes binaires souvent dansant, toujours entêtant. Quelques samples aussi recréent une ambiance de dance-floor type soirée goth des plus agréables. On retrouve donc des tubes très dansant (Forever After ), et les remix "String Dub Mix" de Don’t Belong et Over the Madness sont des interprétations qui invitent à de jolies danses sensuelles... Voyez la danser :

"de longs doigts ponctués d’ongles nacrés bleus peinturés dansent avec grâce... ils décrivent de jolies cercles, des vagues sensuelles. Frolant doucement les plis de velours d’une robe noire, où rose rouge et dentelle se confondent... Les yeux verts légèrement convulsés, le souffle irrégulier, suivant le rythme des basses érotisantes, Blanche Neige danse sur le dernier Paradise..."

Un disque d’une extrême cohérence, assez racé pour ne pas sombrer dans une banale imitation à la Evanescence, mais aussi et surtout assez accessible pour toucher un public de profane. Et c’est à ceux-là que je dédie ces écrits. Les fans, les métalleux en tout genre savent de quoi je parle, ils écouteront le CD se feront leur idée, mais les autres... Ceux qui par hasard, un peu curieux, liront ces quelques lignes, à eux, je conseille vraiment de poser une oreille sur cette création qui autant, et même plus encore, qu’un Black Album mérite de figurer dans votre discothèque. Ce métal là n’est plus une simple affaire de métalleux il concerne tout ceux qui aime la musique...

Aalok amoureux de Blanche Neige...

PS : Pour ceux qui n’auraient pas remarqué il vous suffit de cliquer sur les titres des chansons citées pour entendre un extrait. ^^


Discographie :

Paradise Lost (2005)

Symbol of Life (2002)

Believe in Nothing (2001)

Host (1999)

One Second (1997)

Draconian Times (1995)

Icon (1993)

Shades of God (1992)

Gothic (1991)

Lost Paradise (1990)

Un lien fort sympathique, qui m’a permis d’