Consoles-Fan
18/10/2018

Auteur
A Lire Egalement

  

3031 articles en ligne

 
Tenkai Hen : Jos
Un St Seiya hors norme
qui pourrait bien passer

Alors je pr

Tout d’abord, le scénario a le mérite d’être clair. Les hommes ont tué des Dieux : cela ne peut-être toléré, quel qu’en soit la raison, ils doivent donc être exterminés. Au moins ça tient la route. On n’est pas face à des méchants qui veulent dominer la Terre parce que ça leur pète, on est devant un concept mythologique cohérent. Des Dieux, de par le passé, ont certes abusé de leur pouvoir, mais pour autant, rien ne justifie que des hommes, êtres méprisables et périssables, aient pu lever la main sur l’un d’entre eux. La colère divine est donc à son paroxysme. Ce pitch me parait être le plus convaincant de toute la saga St Seiya. Les Dieux courroucés décident donc par l’intervention d’Artémis (soeur d’Athéna) de mettre fin à cette insubordination en destituant Saori de sa charge de protectrice de l’humanité et en confiant à Artémis et à ses chevaliers la tâche de l’exterminer.

JPEG - 49.4 ko
Saori prot

Entre beauté et impressions

La première scène, qui donne vie à une relation tendre et intime entre Saori et son chevalier diminué (Seiya est en fauteuil roulant suite à son combat contre Hades), est très poétique, quasi enchanteresse. On ressent une réelle douceur. Le ton est donné, ce film sera feutré, basé sur des relations humaines, sur de l’impression. Et tout cela est mené d’une main de maître sous la plume de ARAKI Shingo ... Nos personnages évoluent dans des immensités désertiques, des temples improbables aux architectures biscornues, ils côtoyent le monde des Dieux, sortent du réel.

JPEG - 65.8 ko
Des mondes improbables...
JPEG - 59.2 ko
Des d

C’est cela qui m’a profondément touché, cette création d’un univers bancal, sans repère, une géométrie asymétrique, des espaces presque abstraits (temple en ruine, désert, colonnes cubiques et plateaux en lévitation immaculés de blanc). Cela ressemble parfois à du Dali, il y a un côté surréaliste indéniable. Et cette abstraction de la géographie des événements permet de donner un poids universel au propos mis en scène.

S’ajoute à cela des combats qui vont à l’essentiel, quelques belles attaques agréables à voir. Mais là n’est pas l’intérêt principal du film (de toute manière les combats en général ne peuvent être la colonne vertébrale d’une création digne de ce nom, sinon c’est chiant à mourir, du Shonen à 2 balles quoi).

JPEG - 57 ko
De beaux combats...
JPEG - 49.1 ko
Tr

La réalisation n’est pas en reste et se met au service de l’histoire : décors magnifiques, effets d’eau superbes, musiques enivrantes, charac design excellent, les visages en V stylisés à mort qui se déforment lors d’une attaque, criants d’agressivité, de souffrance.

L’hypermith au service de la mythologie

L’ambiance globale est donc très travaillée. On y sent une atmosphère de fin du monde, on ne comprend pas où évoluent les chevaliers... Il y a un côté totalement irrationnel qui peut être ressenti comme un manque de maîtrise de son sujet ou interprêté comme une volonté d’accentuer cette atmosphère décalée, hors réalité...

JPEG - 53.5 ko
Icar et Marine noy

Les armures ne servent à rien, les autres chevaliers ne servent à rien... Seiya commence l’histoire en étant déjà fort mal en point, et cela ira de mal en pis, comme s’il portait réellement le poids de l’humanité sur ses épaules. L’ambiance est donc très lourde, le tout mené sur un rythme lent, accompagné par des musiques très tristes composées par YOKOYAMA Seiji, seulement oxygéné par quelques superbes combats. On ressent une profonde lassitude, une tristesse latente. Nos chevaliers sont fatigués. Est-ce là, enfin, leur dernier combat ? Y a-t-il seulement une seule chance de survie ?

JPEG - 65.6 ko
Seiya perdu au milieu de nulle part...

Les enjeux sont plus profonds ... Seiya représente l’humanité et sa volonté de s’émanciper de toute domination divine. C’est là le seul propos de cette création. La volonté de Saori de le protéger prend alors un double sens. Elle fait état d’une relation amoureuse à peine exprimée, tout juste chuchotée du bout des lèvres, d’un regard, mais elle permet aussi de personnaliser le concept même de protection de l’humanité. Dans les anciennes créations de la saga, on assistait toujours à des scènes de panique, de destruction de monuments historiques ou je ne sais quel archétype représentant plus ou moins l’humanité. Cette imagerie est ici inutile, Seiya représente à lui seul toute l’humanité comme ont pu le faire avant lui Ulysse, Hector, Jason, Oedipe... Le propos centré sur Seiya prend donc tout son sens, a toute sa pertinence : Seiya est l’humanité. Les décors sont abstraits, les enjeux le sont donc aussi : relations d’amour et d’égalité interdites entre Seiya et Saori donc entre humain et divin, domination divine sur l’humanité, relations entre dieux, entre les différentes religions... À une époque on l’on assiste à un retour du religieux, cette réflexion semble avoir toute sa pertinence.

JPEG - 77 ko
Ath

En ce sens, la fin nous montre Seiya qui, réussissant à effleurer Apollon, signifie aux Dieux que l’humanité existe bel et bien et qu’elle peut avoir un poids réel sur l’univers. Les Dieux doivent non plus la dominer unilatéralement mais composer avec. Je crois que les critiques émises par la plupart des gens viennent de fan qui ne veulent avoir dans du St Seiya que du St Seiya pur jus... Et c’est ma foi assez compréhensible. Mais là on en est très loin, les prétentions philosophiques de cette oeuvre sont très importantes, parfois un peu maladroites, on sent que les équipes de scénaristes ont valsé au cours du projet, et que chacun d’entre eux a voulu y mettre sa réflexion de fin de thèse... Cela donne une oeuvre un peu bancale. Oscillant entre de l’épique et de l’impression, on se retrouve face à un anime baroque, beaucoup trop prétentieux pour du St Seiya et pas assez "carton" pour du... St Seiya... Un film qui a donc bien du mal à trouver son public : preuve en est les rires inondant les salles japonaises lorsque Seiya se retrouve nu devant Apollon. Il s’agissait là de montrer son infinie vulnérabilité, de représenter encore une fois sa personne comme universellement humaine... Mais est-ce bien là la vocation d’un St Seiya ?

Le mythe de Seiya

Cet anime est la représentation la plus fidèle de ce que peut être un épisode mythologique, avec son poids d’archétypes (relation homme/homme, homme/dieu, dieu/dieu), sa géographie abstraite. Cela n’a bien entendu pas été vu par des fanboys qui ne voulaient que de la baston, mais comment leur jeter la pierre ? Qui pouvait s’attendre à voir un film aussi mature, aussi prétentieux, aussi décalé des sujets traditionnellement traités par Kuramada ?

JPEG - 45.6 ko
L’homme au firmament, dominant l’opposition des Dieux...

Je reste donc ébranlé par cette création complètement incomprise (échec commercial cuisant au Japon), pourtant pour une fois l’hypermyth et tout l’univers de Kuramada était bien utilisé. St Seiya Tenkai devenant la première oeuvre de la série à dépeindre un événement mythologique plausible. Puissant...

Aalok



- Ann