Consoles-Fan
14/08/2018

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Appleseed
De l’action
Mais qu’en est-il de la r

Tir


Le pari était osé : avant lui de très grands pontes de l’animation japonaise s’y étaient cassés les dents [1]... Qui plus est, adapter un manga de Shirow après les chef d’oeuvres réalisés par Mamoru Oshii ne laisse guère le droit à l’erreur et relève d’une forme de bravoure quasi suicidaire. La tâche était d’autant plus hardue qu’oeuvre complexe et non achevée, Appleseed se caractérise par un univers très chargé, sorte de protagoniste protéiforme encombrant, qui à lui seul nécessiterait douze films pour être parfaitement décrit.

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Olympus

Aussi, en une heure et demie de temps, des choix ont été fait. Tout d’abord une orientation technologique : le cell shading (ou du moins une de ses déclinaisons le toon shading) est exclusivement employé et fait donc de ce film le premier long métrage entièrement en 3D stylé 2D... L’effet est plutôt réussi, et si l’on excepte quelques personnages un peu trop luisant, la claque technique est bien là. Les choix esthétiques du charac design de quelques intervenants est peut-être discutable (Hitomi est assez fade) mais globalement le défi technique relevé est réussi et satisfera le plus blasé des spectateurs gavé aux CG [2]. D’un point de vu scénaristique, le synopsis est un mélange de simplification et de complexification du manga original... L’histoire prend toujours pied dans la cité d’Olympus, sorte d’Eden urbanisé où évoluent les survivants de nombreuses guerres et cadre de diverses spéculations sur le devenir du genre humain, mais Shinji Aramaki, en racontant une histoire finie, est obligé de broder et de spéculer sur les intentions de l’auteur (l’orientation choisie n’a d’ailleurs pas été désavouée par Shirow). Dès lors, tout en gardant les principaux acteurs du manga, respectivement Deunan la guerrière légendaire un poil trop masculine [3] et Briareos son compagnon aux oreilles de lapin, il fait intervenir de nouveaux protagonistes (l’armée) et crée un sentiment de rivalité avec les Bioroïdes (hommes synthétiques, incapables de se reproduire et aux émotions inhibées, composant 50% de la population humaine afin d’en estomper sa nature agressive) aux forts relents de racisme bête et méchant. Mais les enjeux sont plus complexes qu’on ne le croit. Il y a plusieurs niveaux de narration et si l’ensemble peut parfois sembler un peu simplet, la problématique est en fait très étoffée et loin d’être manichéenne...

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Nos deux h

Aussi, sans atteindre le niveau de réflexion et de conceptualisation d’un Innocence, on assiste à une histoire de science-fiction qui tient vraiment bien la route et qui porte son lot de questionnement inhérent au genre (nature de l’homme, avenir de l’humanité et de la planète Terre, recherche d’un système politique idéal)... Tout se laisse donc agréablement regarder, les enjeux sont intéressants, et même le méchant général ne sombre pas dans la caricature désastreuse d’un Final Fantasy les Créatures de l’esprit.

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"Qui a dit Mecha ?"

Dès lors, servi par une réalisation exemplaire, ainsi que par une mise en scène explosive (les scènes d’actions sont sidérantes de dynamisme, sans oublier des musiques hyper rythmées !), et le tout soutenu par un excellent scénario, serait-on devant le nouveau porte drapeau de l’animation japonaise ? Et bien...non ! La faute à ses personnages tous un peu "bioroïdés" incapables d’exprimer des émotions de manière assez convaincantes. On ressent les limites d’une technique qui n’arrive pas à donner vie à des émotions dans les regards des personnages ; ainsi que les carences de Shinji Aramaki quant à la mise en scène de certains moments intimistes... Le rythme des révélations tonitruantes sur la fin de l’histoire semble lui aussi assez mal maîtrisé... Et de sentir que les scénaristes ont quand même eu un peu de mal à digérer l’oeuvre originale de Shirow... Enfin rien qui ne nous amenera à bouder notre plaisir, tant cet Appleseed répond aux attentes que l’on pouvait néanmoins formuler à son égard.

En croisant les doigts pour que sa suite (en tournage) corrige les quelques menus défauts de ce premier jet... Et ne laisse pas libre cours à une vision de l’oeuvre exclusivement action, comme l’arrivée à la production de John Woo pourrait le laisser présager...

Aalok



 Studio : SORI
 R

[1] une première adaptation sous le format d’une OAV (vidéo destinée à la vente directe sans exploitation au cinéma) fut réalisée en 1988 par des grands de l’animation (Kazuyoshi Katayama (The Big O), Takahiro Kishida (Serial Experiments Lain ) mais le résultat fut assez décevant avec une réalisation très en deça de ce qui se faisait à l’époque.

[2] (Computer Graphics) : dessin réalisé par assistance informatique...

[3] le modèle d’émancipation féminine, se traduisant par l’imitation des schémas de vie masculins, que l’on retrouve dans le cinéma ou/et dans le jeu vidéo occidental (Sarah o’connors, Ripley, Jade (BGE), Lara Croft) démontre simplement le conditionnement sociologique qui présente la masculinité comme étant le seul chemin d’émancipation possible (et par la même une forme de domination de l’image masculine), alors que l’image d’une femme libérée assumant sa féminité (Tigre et Dragon, Sakura Taisen, Asumi) fait de la femme un être différent de l’homme qui peut faire aussi bien que lui sur ses domaines réservés (lutte physique) tout en assumant sans complexe sa condition de femme.