Consoles-Fan
18/10/2018

Auteur
  

3031 articles en ligne

 
Gamehotel 22 septembre 2005
En pr
Keita TAKASHI et Tetsuya MIZUGUCHI

C’est gr

L’endroit ne paye pas de mine, au fond d’une impasse assez glauquasse, de surcroit enlaidie par des travaux, on trouve sur notre droite l’entrée du centre culturel suisse de Paris, centre de conférence qui accueille divers événements plus ou moins branchés. Je tâte le terrain en m’avançant au guichet où on m’indique que ça devrait aller..."Treizième" : je devrais avoir toutes mes chances (tu m’étonnes vu que j’ai fait tuer une bonne quinzaine d’invités !), donc c’est l’esprit assez serein que j’attends l’heure venue. Je ne reconnais aucun confrère, du moins aucun dont je connais la tête, et là je vois un certain Frédérick Raynal (Alone in the Dark, Little Big adventure, Toy Commander) ! Il teste un jeu DS sur la terrasse d’un café avec un petit groupe de personnes. Visiblement assez occupé, je n’ai pas osé le déranger à ce moment là, espérant le voir à la fin du show. Malheureusement, il s’éclipsera au milieu sans crier gare... Juste eu le temps de prendre une photo pour vos jolis yeux ! Bon je vous épargne la baston générale pour choper les deux billets restant... vous voyez l’examen de Hunter de Kirua ? Bah voilà, en fait c’était moi à ce moment là...

JPEG - 34 ko
Fr

Alala... Qu’est ce qu’on est bien assis dans cette salle de conférénce ! Bon j’ai peut-être un peu abusé, il y a quelques places vides, ça va faire suspect, enfin... J’aperçois une Dreamcast, une PS2, une Xbox et une PSP sur la scène, avec des jolies (enfin presque jolies) chaises oranges. En fond un immense écran avec des images à l’effigie de Gameinhotel qui bouge, on reconnait la silhouette de Ulala ^^. Tout le monde s’installe, hop hop hop... Les lumières se baissent, la musique monte... Et ce n’est n’y plus ni moins que la BO de Phantasy Star Online : je suis aux anges. L’animateur arrive. Il présente vaguement le concept de ce genre d’événement organisé par Gamehotel, à savoir promouvoir le jeu vidéo et communiquer à son sujet en le présentant comme un vecteur d’expression artistique. Et pour cela il faut identifier des auteurs, des genres, mais aussi faire le lien avec l’évolution des technologies disponibles. La présentation tient la route, les concepts détaillés sont cohérents, la définition de la notion d’art suit les principes philosophiques qui la définisse. Pour l’instant ça va.

C’est alors le moment que choisit Tetsuya MIZUGUCHI pour nous honorer de sa présence !

"T-E-T-S-U-Y-A" / LOVE Tetsuya !

Le fan club Yuki... euh Tetsuya, se lève et applaudit à tout rompre, bien sûr j’essaye de filmer cette arrivée triomphale mais je me plante de bouton, j’éteins l’appareil, j’ai oublié de virer le mariage de ma soeur de la carte mémoire...(je râle). Je vire deux troix trucs et ça y est je filme... Mais l’ambiance est déjà retombée et Tetsuya commence à parler.

Arrivée de Tetsuya(vidéo)

Le présentateur lui pose des questions et là tout se déroule entièrement en anglais, ce qui est assez criticable car le parterre d’invité est à la majorité écrasante francophone... Ca n’aurait pas coûté grand chose de résumer en français de temps en temps quelques réponses. Mais bon on est "hype" ou on ne l’est pas. Donc il y a quelques moments où j’ai pu décrocher... Et je peux vous asssurer que ce fut aussi souvent le cas du reste du public.

De l’évolution du jeu-vidéo par Tetsuya MIZUGUCHI (son)

Enfin, Tetsuya est très souriant, visiblement heureux d’être là. Il répond avec intérêt aux questions posées. "Comment voit-il le futur du jeu vidéo ?" Il l’imagine toujours plus évolué, mais il précise qu’il ne faut jamais oublier le fun, une comparaison est faite avec le premier film des Frères Lumières (l’arrivée du train à La Ciota) où l’absence de technologie évoluée avait pu créer une émotion incroyable (la peur des spectateurs s’enfuyant de la salle en croyant voir le train arriver sur eux). Tout ça pour dire que l’émotion peut être transmise avec des moyens rudimentaires, qu’un jeu 8 bits peut toujours être aussi fun à jouer, que donc la technologie, la haute résolution, le son en 5.1, doivent être utilisés à bon escient, non pas comme fin mais comme moyen créatif d’émotion... On ne peut qu’être d’accord avec Mizuguchi-sama.

De Rez à Lumines (son)

On présente rapidement sa "ludographie" en s’attardant un peu sur REZ. Puis suit une présentation des jeux phares de l’ancien ponte de chez Sega, maintenant patron de son propre studio Q entertainnment, à savoir Lumines sur PSP et Meteos sur DS. Il s’agit de deux puzzles games cherchant à créer du fun immédiat : le premier joue énormement sur la musique alors que le second est un brin plus classique (si l’on excepte l’utilisation du stylet). On apprend que Lumines c’est très bien vendu aux US alors qu’il n’a fallu que 6 personnes sur le projet (contre une vingtaine pour REZ à titre de comparaison). Un spectateur l’interpelle en lui demandant pourquoi le high score est bloqué à 999 999, Tetsuya amusé répond que si le jeu n’avait pas de limite des gens y joueraient sans s’arrêter jusqu’à ce que mort s’en suive, et qu’il ne veut pas être accusé d’homicide involontaire ! Plein d’humour le Tetsuya !

Présentation de Lumines (vidéo)

Un spectateur est invité à venir sur le plateau pour défier Tetsuya à son propre jeu. Deux invités se lèvent et vont s’assoir à côté de lui, l’un d’eux se relève immédiatement en maugréant "plus de batterie" (la belle pub pour sony ^^ ). Finalement la partie ne se fait qu’à deux joueurs et l’avantage tourne très vite au maître japonais.

Tetsuya VS un spectateur (vidéo)

L’interview continue et Tetsuya developpe l’idée que le jeu vidéo est une sorte de langage universel. Il explique qu’il ne comprend pas un traitre mot de français mais qu’il vient de jouer avec un Français, comme il l’aurait fait avec n’importe qui, et qu’il s’est amusé. Le jeu vidéo, et son développement sur le réseau, est donc pour lui un vecteur de communication vertueux qui peut rapprocher les gens. L’idée est intéressante, mais ce vaste fantasme de la communication pour rappocher les peuples ne fonctionne pas vraiment. Et la solitude de certaines personnes de n’être jamais aussi criante que dans notre monde d’hyper communication. Néanmoins, Tetsuya parait vraiment convaincu et son regard plein d’enthousiasme ne peut qu’inciter à le croire.

Présentation de Meteos (vidéo)

On passe alors à une démonstration de Meteos sur DS, j’avoue avoir un peu décroché à ce moment-là, en tout cas Tetsuya s’amuse toujours autant, il rigole même en jouant à son propre jeu ! Un puzzle game très coloré qui utilise donc à bon escient le stylet et son écran tactile. Mais faites vous votre propre idée à la vue de la vidéo ! Finalement Tetsuya nous quitte sous un tonnerre d’applaudissement... Mais l’on comprend qu’il reviendra plus tard pour nous parler de son jeu sur Xbox 360...

Pour conclure (son)

C’est à ce moment-là que Frédéric Raynal nous quitte, j’étais à deux rangs de lui... je suis sûr qu’on a pu partager le même air, j’en suis tout ému.

Entracte

C’est là qu’intervient le clou du spectacle ! Un blind test sur les musiques de jeu avec "neshtrum" au chant et à la petite guitare... C’est marrant 5 minutes et ça a le mérite de durer 5 minutes, trois mélodies sont interprétées je reconnais celle de Zelda mais un chouillat trop tard. Les heureux gagnants repartent avec de mystérieux goodies ^^

Julien spécialiste de rien vous parle

Bon là je vais être méchant... C’est pas trop mon genre, mais ya des limites à ne pas dépasser. Le présentateur accueille Julien qui est un analyste reconnu du jeu vidéo, enfin je ne sais pas trop par qui [1]... Il va alors nous présenter sa réflexion sur l’évolution du jeu vidéo. Déjà, c’est cocasse, on se retrouve avec deux Français qui parlent anglais (et l’accent de Julien est exécrable) devant une salle à 90% francophone... Allez comprendre ! Mais bon hein, restons "hype", on est à une manifestation internationale alors on parle anglais point !

Introduction de Julien (son)

Julien prend alors la manette Dreamcast en main et lance Phantasy Star Online, jusque-là tout va bien. Il commence son spitch en expliquant que la Dreamcast fut révolutionnaire grâce à l’inauguration du jeu online avec PSO. Mais il lance le mode offline... Quoi de plus parlant que de jouer à un jeu online en solo pour montrer le côté multiplayer fantastique du jeu... Je reste rêveur, d’autant plus que son perso est lvl 1, qu’il tourne en rond sur Pionner 2 ne sachant visiblement pas où aller. C’est une catastrophe, il visite tout le vaisseau avant de voir qu’une immense porte s’ouvre en passant devant (on aurait dit moi il y 4 ans et demie), il va dans la forêt, casse deux boites et, oh joie ! trouve un téléporteur bleu (il était facile à trouver ;) ), et hop le revoilà sur Pionner 2... Consternant. Visiblement décontenancé, il pose la manette et signifie qu’il veut continuer en passant à l’autre jeu... Oui, je crois que cela serait préférable.

Nous passons alors à MGS2 sur PS2. Là, la présentation du jeu suffit pour que notre cher Julien fasse son petit discours. Il nous parle du lien entre le cinéma et le jeu vidéo en précisant que la mise en scène de MGS2 est directement inspirée du 7°art. Ce n’est pas faux, mais il n’y a rien de vraiment intéressant dans ses propos. Le public est au courant de tout ça, et je trouve la problématique un peu bizarre, sachant qu’il y a une centaine de personnes présente, à savoir la crème des gamers parisiens, donc devant les joueurs les plus passionnés d’Europe, développer ce genre d’idée ne me parait pas très pertinent. Pour le grand public à 21h00 sur TF1 je veux bien, mais là... Finalement, il nous présente GTA San Andreas sur Xbox. Il cherche à démontrer le champ de liberté du jeu. Il commence donc directement par fracasser la vitre d’une voiture, vire son passager, puis traçe avec la voiture en écrasant piétons et panneaux de signalisation. Il fait alors l’éloge d’un moteur physique très riche et d’une grande sensation de liberté. Bon, on ergotera pas sur le fait que cette liberté là ne correspond en aucun cas aux critères définis par l’impératif catégorique kantien, et que ce n’est pas LA Liberté mais seulement du grand n’importe quoi, mais c’est pas grave... Puis, pour accentuer son propos sur l’évolution du moteur physique des jeux, on a droit à une vidéo assez connue de Halo où l’on s’amuse à faire voler Wartog et consorts à l’aide de grenade.

Un moment assez peu intéressant, plein de vide, qui essaye de réfléchir sur le jeu, c’est déjà ça, mais qui le fait avec beaucoup de prétention et sans réellement apporter quoi que ce soit au débat. Dans le genre je vous conseille de vous procurer un hors-série des Cahiers du Cinéma qui faisait un parallèle entre cinéma et jeu vidéo avec un tout autre brio ! Voilà, "au revoir" Julien...

Keita TAKAHASHI Powaaaa !

Après cet interlude de branlage intense de cerveau, nous recevons enfin Keita TAKAHASHI. Visiblement moins à son aise, le créateur de Namco s’installe après avoir salué à la japonaise une salle qui lui accorde une "standing ovation".

Le personnage est fort sympathique, il baragouine quelques mots en français ce qui a l’air de beaucoup l’amuser, d’autant plus qu’il est arrivé avec un chapeau assez ridicule à l’effigie de son jeu Katamari Damacy. Le présentateur lui pose quelques questions et là, ça se complique un peu. Keita ne comprends pas l’anglais et on a donc un interprête. Dès lors, non content de n’avoir que de l’anglais, maintenant on a aussi du japonais ^^ je vous raconte pas la clareté des débats... cristalline...

Arrivée de Keita TAKAHASHI (vidéo)

On a rapidement droit à une démonstration, par le biais d’un démo exclusive, de la suite du fameux Katamari sur PS2, à savoir Everyone loves Katamari Damacy. C’est un jeu au concept étrange, on incarne une boule poussée par une poupée à la tête rectangulaire pour amasser tout ce qui traine par terre... C’est clair ? Non ? Bon beh, regardez la vidéo ! (ou lisez le test du premier opus réalisé par Bo-Gilet disponible ici ).

Demonstration de Everyone loves Katamari Damacy (vidéo)

Fin de la demonstration+bout d’interview (vidéo)

Après cette démonstration pour le moins obscure, nous avons droit à une petite galerie de création made in TAKAHASI, à savoir une table transformée en robot, un distributeur de mouchoir en hippopotame (apparemment ya un jeu de mot avec le nom japonais mais alors me demandez pas quoi !) ainsi qu’un pot de fleur en forme de chèvre qui a de l’eau qui sort par ses pies quand on l’arrose... Ma foi, à ce moment là de la soirée, ya un grand sentiment de perchage général qui nous traverse l’esprit... Mais bon on rigole bien !

Testuya ! Tetsuya !

Finalement, Testuya nous revient pour nous présenter son projet N3, monté en collaboration avec Microsoft et Phantagram (Kingdom under fire), pour la Xbox 360. Avant de commencer les débats, Tetsuya nous lance une vidéo. Je panique et commence à filmer en constatant le manque d’espace mémoire pour capter toute la vidéo, finalement ce n’est pas bien grave puisque ce n’est que la bande annonce diffusée au TGS disponible à droite à gauche sur le net.

10 premières secondes de screener de N3

20 autres secondes de screener de N3

Enfin, cela fait son petit effet de la voir en plein écran et avec le son bien monté. Ce projet, de son vrai nom Ninety-nine Nigths (N3), se présente sous la forme d’un épique wargame prenant place dans un univers médiéval fantastique. Tetsuya nous explique un peu désinvolte que l’homme s’est toujours battu, d’où l’idée de faire un jeu sur la guerre... Puis il développe d’autres idées que je vous laise le soin d’écouter.

À propos de N3 (son)

et Julien (youpie)...

C’est le moment du grand débat entre le maître à penser Tetsuya et Julien... On a alors droit à un développement de notre spécialiste qui nous explique que le jeu vidéo va permettre au joueur de faire comme bon lui semble pour atteindre un but qui reste imposé. Le joueur selon son état d’esprit pourra soit faire sauter la porte qui l’empêche de passer soit utiliser la clé qu’il aura trouvé au préalable... Il insiste donc sur le pouvoir de créativié du joueur lui-même (ouais enfin c’est pas vraiment le futur ça, il faudrait qu’il teste Fahrenheit par exemple), mais Tetsuya intervient en disant que tout cela restera tout de même une question de game design et que le plaisir du joueur ne tiendra toujours qu’à la qualité de l’esprit de créativité du géniteur du jeu . On est d’accord.

Extrait du débat entre Tetsuya et Julien (son)

Le deathmatch de la mort

Pour finir cette bonne soirée, on continue dans l’ambiance ludo-branchée de l’ensemble (on a eu droit à un quizz bidon et il fallait lancer sa feuille de réponse froissée dans un saladier, ainsi qu’au blind test pourri), avec un concours de décoration de gâteau... Tetsuya et Keita se prennent au jeu et doivent ensemble affronter deux membres du public. Le but est simple : sur un gros gâteau au chocolat, il faut faire apparaitre le dessin d’un gars sur une motocross avec deux palmiers. Pour ce faire, divers ingrédients sont disponibles, pâte d’amande et sucre coloré. Tetsuya se lance dans un savant découpage du gâteau pendant que Keita dessine le gars sur sa moto à l’aide d’un pochoir. Finalement, le couple de créateur japonais nous monte une sculpture un peu baroque, respectant vaguement l’énoncé de l’épreuve. Tandis que nos deux petits frenchies (on reste hype s’il-vous-plait) nous ont fait un joli dessin assez proche du modèle proposé. Mais bon, pour faire plaisir, et parce qu’on a quand même bien rigolé, le pâtissier en chef ( qui lui parlait français... Whaaa le bouseux) désigne nos deux japonais vainqueurs de ce death match d’un extrême intérêt vidéo ludique...

Au revoir tout le monde

Voilà, c’est fini, tout le monde se jette sur les gâteaux et sur les deux créateurs (avec un net avantage de fréquentation pour Tetsuya). Les amis de Frédéric Raynal montrent un jeu DS à MIZUGUCHI dans le but vraisemblable de lui demander son avis et une production possible. D’autres lui donnent sa carte, à ce moment-là je tente un sêppuku avec une cuillère en plastique, en me rendant compte que j’ai oublié de prendre les jaquettes de mes jeux UGA (ancien studio Sega dirigé par MIZUGUCHI ) pour les faire dédicacer et que mon appareil photo affiche un "plus de batterie" m’empechant d’avoir ma photo avec Mizugushi-san. C’est donc la mort dans l’âme que je patiente pour avoir une dédicace sur une jolie page blanche, et ce rien que pour vous cher lecteur... Si c’est pas beau ça. Donc un bilan plutôt positif. Ce genre d’événement a le mérite (de tenter) de donner aux JV ses lettres de noblesses. Maintenant on sent que le débat n’est que dans ses premiers balbutiements : il serait vraiment temps que de vrais chercheurs, en psychologie, sociologie ou histoire de l’art, commencent à prendre à bras le corps l’étude de ce média qui ne demande qu’à être promu et décortiqué par des gens compétents utilisant de réelles méthodes d’analyses... Pitié, ne laissez pas l’exclusivité de la réflexion sur le sujet à Julien ^^ Enfin, je suis un peu méchant, ce qu’il disait était vrai, mais le sujet mérite vraiment une analyse beaucoup moins superficielle, surtout devant un parterre d’irréductibles passionnés, qui plus est un peu moins con que la moyenne (le public a été très sage pendant trois heures !). Et puis, comment oublier le visage souriant de Tetsuya et l’air complétement perché de Keita... Cette simple présence justifie l’événement et l’on ne peut adresser qu’un très grand merci à l’organisation de Gamehotel pour cette initiative !

Aalok


Tetsuya Mizuguchi critiqu

[1] Bon après une petite recherche il s’avère que ce Julien Merceron (de son nom) est directeur technique mondial d’Ubi Soft, bah ils ont du souci à se faire chez Ubi ^^