Consoles-Fan
21/02/2018

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Psychonauts
Entre jeu de plate forme
et jeu d’auteur...

Ce mardi 25 octobre, dans les locaux parisiens de THQ, une journ

Ce présentant comme un jeu de plate forme aventure, ce Psychonauts est avant tout la nouvelle création d’un auteur réputé : Tim Shafer. Ce dernier s’est fait connaître grâce à son travail sur des oeuvres comme Monkey Island, Grim Fandango ou Day of the Tentacle. Véritable auteur de jeu vidéo, Tim Shafer nous propose une création baroque. Mais sous ses airs de jeu un peu trash à l’américaine, se cache un véritable petit trésor d’univers bancal, de level design bigarré.

 Autopsie :

La présentation manette en main faite par "John de chez Majesco", commence par une introduction bourrée d’humour qui voit un Général, style "Monsieur Patate en colère", énumérer les régles de vie à la militaire ainsi que les buts de la formation. Il est question de la maîtrise d’une nouvelle arme surpuissante : le cerveau.

La caméra pivote et nous montre un parterre de jeunes enfants tout droit sortis d’un "freakshow" cartoonesque. Ils sont terrorisés, et nous hilares... Une entrée en la matière réussie ! Le doublage est plus que convaincant, le travail effectué à ce niveau est vraiment de qualité et contribue à entretenir l’ambiance complètement burlesque de cette colonie de vacance psychique. C’est à ce moment là que notre héros choisi de faire son apparition. Raspoutine ou "Raz" pour les intimes, ne rate pas son entrée et impressione même ses futurs maîtres par la puissance de ses facultés cérébrales. Ce dernier s’est enfui de chez lui pour participer à la formation en pouvoir psychique assurée par cette colonie. Il est rapidement décidé qu’il pourrait rester dans le camp jusqu’à l’arrivée de ses parents, sans toutefois pouvoir directement participer à la formation.

Le jeu commence alors, dans le camp de vacance en question. C’est là que se joue la partie aventure de l’ensemble. Raz rencontre de nombreux protagonistes, déclenche par là-même des quêtes secondaires, des cinématiques, récoltent des items lui permettant d’augmenter la puissance de ses pouvoirs ou d’en acquérir de nouveaux. Le niveau graphique tient plutôt bien la route, rien de transcendant techniquement, mais le tout bénéficie d’un cachet indéniable. Le design oscille entre du Bill Plimpton (Les Mutants de l’espace) du Voodoo Vince ou même un peu de Evil Twin. Il se dégage une légère poésie un peu maladive... Bien entendu ce design ne plaira en aucun cas aux fans d’univers super kawaï aux décors bonbons acidulés, mais il serait dommage de s’arrêter à cet aspect formel si l’on est vraiment amateur de jeu vidéo. Nous évoluons donc avec un certain plaisir dans cet univers un peu déjanté. Il faut ensuite rencontrer les bonnes personnes aux bons endroits pour déclencher des phases plus plate-forme. Et là il y vraiment de quoi faire.

Basé sur la notion d’exploration psychique, l’action est censée se dérouler dans l’esprit des formateurs. Rentrant dans un chaos proche d’une forme de rêve éveillé, les tableaux sont alors le cadre d’un level design d’une extrême complexité.

Ici les plateformes tournent sur elles-même, là le décor pivote complétement, il faut donc avancer en rythme pour ne pas perdre l’équilibre. Un autre endroit nous fait évoluer sur une sorte de cube qui gravite sur lui-même, dans un joli effet, au passage de chaque arrête, nous donnant l’impression de tourner sur un rubicube... Non content d’être singulier dans leur architecture, tous ces tableaux sont aussi marqués par une palette graphique différente liée au thème inhérent à la psychologie du personnage "exploré"... On passe alors d’une ambiance de guerre à une boite de nuit psychédélique, en passant par la case noire et blanc d’un esprit dérangé. On se retrouve géant dans une ville de petits poiscailles rebelles criant "liberté", imitant Godzilla avec un certain bonheur.

Le gameplay a de quoi séduire lui aussi, même si l’on a pu constater quelques aproximations dans les double sauts. Raz saute, s’aggripe, mais surtout dispose de nombreux pouvoirs qui ne cesseront d’évoluer. Ses attaques sont matérialisées par d’immenses coups de poings oranges/transparents. On peut simplement regretter le manque d’impact de certains coups, mais rien de bien grave. Raz peut aussi tirer à distance sur des cibles avec un flux psychique afin de déclencher des mécanismes, créer une aura lui permettant de flotter dans les airs et tenter des sauts en suspention assez impressionant.

Mais c’est surtout le fond même de l’œuvre qui pourra séduire le plus grand nombre. Tim Shafer a des choses à dire, et ça se voit. "Lunetor" (Raz géant) aide une guerilla à libérer des prisonniers politique, dans un univers où chaque poiscaille a l’air d’être parfaitement formaté par une pensée totalitaire politiquement correcte. Les relations entre les enfants mettent aussi en scène des rapports de domination entre des racketteurs, des cancres, et d’autres enfants plus faibles. On sent pointer une critique acerbe de notre mode de vie actuel : société de consommation, d’hyper communication, etc... On pourra ne pas adhérer aux messages sous-jacents, mais l’on ne peut que saluer la volonté de donner vie à une création qui a du sens, des idées, qui plus est mise en scène dans un univers on ne peut plus original tant sur le design graphique que sur sa construction narative. Le jeu vidéo a en effet bien besoin de ce genre de respiration créative pour acquérir ses lettres de noblesse.

Aalok



 Date de sortie : 27 janvier 2006
 Prix conseill