Consoles-Fan
15/08/2018

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Pompoko
Porompompom poropo
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Jeudi 22 d


Pompoko n’est pas à proprement parler un film nouveau. Avant de me rendre à l’avant-première j’avais déjà eu l’occasion de le voir en DVD, puisque le film est sorti au Japon en 1994. Le grand succès des films d’animation de Hayao Miyazaki ces dernières années, n’est sûrement pas étranger à cette localisation française. L’adaptation était d’autant plus facile puisque le DVD japonais contient déjà une traduction française. Pourquoi avoir cité Miyazaki précédemment ? Tout simplement parce que derrière les Studio Ghibli se cache un autre personnage clef, Isao Takahata que l’on connaît en France principalement pour son adaptation du roman de Akiyuki Nosaka, Hotaru no Haka (La tombe des Lucioles). Les films de Takahata sont intéressants car ils tentent bien souvent d’aller au delà du simple divertissement. C’est ce qui les rend à mes yeux plus intéressant que ceux de son néanmoins talentueux camarade, Miyazaki. Ceux qui connaissent la filmographie de Takahata, ont certainement remarqué une variété dans ses productions et une recherche bien plus poussée dans la mise en scène ; une difference par rapport à Miyazaki qui lui s’épanouirait plutôt dans l’animation pure. Takahata en effet n’est pas animateur, ce qui lui laisse beaucoup plus de liberté pour développer une mise en scène travaillée et aborder de manière personnelle des thèmes qui lui sont chers. Pompoko en est un parfait exemple, il participe à la fois du divertissement en mettant en scène des Tanuki ripailleurs et naïfs mais véhicule également un message plus mature qui fait justement la force de ce film. Il est par exemple frappant de voir que la mort n’est pas masquée, tout comme les constantes allusions à l’anatomie si particulière des tanukis.

Le film Pompoko décrit des tanukis tentant de lutter pour préserver leur habitat face à leurs voisins humains devenus un peu trop envahissants. A travers le titre, Takahata inscrit son film dans une réalité sociale et historique celle de l’ère Heisei (cf. Heisei Tanuki Gassen Pompoko). En quelques années dans le film, il va décrire 30 ans d’urbanisation et d’expansion de Tokyo à travers la construction des New Towns. Au delà du film d’animation, Takahata se livre finalement à un travail documentaire et à une description critique de son pays. Il se sert du patrimoine populaire japonais et du personnage du tanuki à la fois comme une figure appréciée du public japonais mais aussi commme un représentant de cette interface entre l’homme et la nature. Le tanuki, fait partie intégrante du folklore japonais. Représenté avec deux énormes testicules c’est un animal joyeux et candide qui possède le pouvoir de se transformer. Dans le bestiaire occulte japonais, le renard possède également ce don mais son image est beaucoup plus négative. Dans les contes des provinces d’Akita par exemple de nombreuses histoires font référence au renard, mais celui-ci est presenté comme étant rusé et prêt à jouer des tours aux humains. C’est cette image qui est d’ailleurs reprise dans Pompoko. On y voit que le renard, lui aussi victime de la déforestation comprend très vite où est son intérêt et se fond rapidement parmis les humains, tandis que les Tanuki continuent de lutter pour conserver leur territoire.

Dans le film, les tanukis partagent leur espace vital avec les paysans. Cette interface entre l’homme et la nature, souvent designée par le terme "satoyama" est une vision idéalisée d’un habitat traditionnel et par extension d’un espace naturel mis en péril par l’urbanisation et l’industrialisation. Cette description de l’harmonie entre l’homme et la nature, très japonaise est bien entendu sujette à caution. Takahata fait ici preuve d’une évidente nostalgie d’un passé transformé mais paradoxalement partagé par un grand nombre de Japonais. L’idéalisation résulte en une vision d’un modèle de village et non plus de son propre village natal. Cette réapropriation est parfaitement illustrée à la fin du film lorsque une mère de famille se met à parler de son furusato (son village natal) en voyant le paysage recréé par la magie des tanukis. D’autre part, pour qui a pu voir l’Exposition universelle d’Aichi, le film prend une dimension vraiment troublante car il reprend avec 10 ans d’avance la thématique de l’Expo 2005 : "Au delà du développement : à la redécouverte de la sagesse et de la nature".

Cependant, le message du film n’est pas à sens unique, Takahata n’effectue pas un travail de complaisance à l’égard de pauvres animaux chassés de leurs terres. Chaque tanuki est paradoxalement très humain avec une personnalité qui lui est propre. Ils savent se défendrent et ne reculent pas devant des actions terroristes pour récupérer leurs terres. D’autre part, les humains ne sont pas non plus décrits comme des prédateurs sans scrupules prêts à tout pour finir la construction de la ville. Tout au long du film, le spectateur se verra tour à tour prendre partie pour l’un ou l’autre camp et c’est justement ce qui fait la force de Pompoko. Takahata choisit de garder de la distance avec l’histoire qu’il raconte prenant par la même occasion le contre pied de l’animation qui a souvent recours à la projection émotionnelle pour captiver son audience. C’est en ce sens qu’il réalise plus qu’un simple travail de conteur, puisqu’il favorise toujours la crédibilité. La scène de la parade en est un exemple frappant : malgré tous les efforts entrepris, les tanukis constatent que leur coup d’éclat a échoué et que leurs efforts n’auront servis qu’à retarder l’inéluctable. A travers cette scène majeure, Takahata colle à la réalité historique qui voit l’homme sortir vainqueur du combat. Il reste fidèle à sa conviction selon laquelle "l’animation est le meilleur moyen de montrer le réel".

A l’aide de moyens propres à l’animation Takahata nous livre une oeuvre à la fois distrayante mais également très riche pour celui qui voudra dépasser la lecture d’un simple travail d’animation. Puisant son inspiration à la fois dans le folklore japonais mais également dans des sources historiques, Pompoko tire sa réussite de sa capacité à divertir et faire réfléchir. Avec Pompoko, Takahata prouve que l’on peut encore faire un film d’animation intelligent sans bombarder le spectateur de références littéraires obscures et pompeuses.


Sortie en salles : 18 Janvier 2006

Origine : Japon

Realisation : Takahata Isao

Site Officiel : http://www.pompoko.fr