Consoles-Fan
17/10/2018

Auteur
  

3031 articles en ligne

 
NANA
Elle a des manies ma nana
comme dirait Patrick Timsit

Alors que Densha Otoko continuait encore


Je dois dire que j’ai attendu ce film avec une certaine impatience, car j’étais très intrigué par le succès que rencontrait le manga. Malheureusement, j’étais totalement rebuté par le style graphique de Ai Yazawa, beaucoup trop typé shoujo à mon goût. Le film tombait à point nommé, puisque d’après les fans il reprendrait à la lettre l’intrigue présente dans la série imprimée. Les films a licence sont comme les jeux, bien souvent mauvais. Nana déroge-t’il à la règle ? C’est ce que nous allons voir...
Le boitier de l’édition DVD fait dans la sobriété avec une couverture qu’il m’avait déjà été donné de voir via un wallpaper officiel. Elle met en scène les deux Nana - la rockstar en haut et la candide en bas dans un contraste de couleur blanc/noir que font ressortir un boitier plastique rose bonbon. Le dos nous présente un petit résumé de l’histoire ainsi qu’une accroche pour le moins dithyrambique annoncant "L’ultra populaire manga NANA devient le film dont vous rêviez"... Il est certain qu’après ça on attend forcément le réalisateur Kentarou Otani au tournant...
Le contenu du DVD est quant à lui tout ce qu’il y a de plus classique avec un film et quelques bonus comprenant un Making-Of, des trailers et une interview des deux interprètes principales Aoi Miyazaki et Mika Nakashima. Le fan avide aura donc le bon goût de se procurer l’édition collector double-DVD (forcément à un prix prohibitif) s’il souhaite un peu plus d’exclusivité.

L’histoire de Nana tourne autour de deux jeunes filles Nana Osaki (Mika Nakashima) et Nana Komatsu (Aoi Miyazaki) qui se rencontrent dans un train se dirigeant vers Tokyo. A la suite de plusieurs coïncidences les deux Nana vont se lier d’amitié et apprendre à se connaître.
La grande force de ce film (et qui pourra paradoxalement passer pour une faiblesse) est qu’il assume complètement son côté caricatural et rocambolesque. En mettant en scène des personnages hauts en couleurs embarqués dans des situations toutes plus téléphonées les unes que les autres le réalisateur à très bien compris qu’il était parfaitement inutile de vouloir donner au film une trop forte personnalité au risque de décevoir les fanatiques du manga. Derrière une trame scénaristique et une mise en scène qui peut faire penser à un mauvais dorama, on découvre avec étonnement un excellent travail des interprètes qui parviennent à rendre leurs personnages crédibles tout en conservant ce côté decalé directement issu du monde manga. Nana jure comme un chartier et son pote batteur, habillé comme un souteneur est en fait un brillant avocat. Ce mélange totalement improbable que l’on ne trouve que dans les anime ou les manga est ici porté à l’écran sans complexe, certains trouveront ça niais, j’ai trouve ça très raffraichissant car il faut bien avouer qu’en dehors d’un certain Shimotsuma Monogatari, je n’ai pas vu beaucoup de films jouant sur ce registre qui ne soient pas tombé immédiatement dans la catégorie navet consternant.

En dehors du traitement des personnages, on retrouve également des grands classiques du shoujo manga (et des histoire à l’eau de rose). On pourra citer la fidelité (et l’infidelité) en amour, les vieilles blessures du passé qui peinent à se refermer et bien entendu la fameuse dynamique du "je t’aime, moi non plus" que l’on retrouve dans un nombre incalculable de comédies romantiques. Pour finir dans les poncifs, le duo de personnages que tout oppose, tarte à la crème scénaristique s’il en est, est ici poussé à l’extrême. En fait tout concourt à faire de Nana un enième navet, mais l’enthousiasme de Aoi Miyazaki tout comme l’univers rock’n roll plutôt original, font que l’on s’implique très vite dans le film.
D’autre part, le travail sur la psychologie des personnages est remarquablement poussé pour un film aussi commercial. Ce soin apporté à leurs traits de caractère renforcé par une interprétation relativement sobre des différents acteurs permet au spectateur de cerner facilement les protagonistes et de s’attacher rapidement à eux.
Il me parait certain que cette particularité devait être déjà plus ou moins présente dans l’oeuvre originale. Ceci dit, ce soin apporté à chaque individu permet d’occuper le spectateur qui dans le même temps ne se formalisera pas de la relation amoureuse bien mollassonne entre Nana et Ren.
J’ai en revanche trouvé dommage que l’histoire d’amitié entre les deux Nana ne soit pas décrite avec un peu plus de subtilité car au départ rien ne semble les rapprocher en dehors d’un patronyme commun et d’une promiscuité forcée à l’intérieur d’un train. Plusieurs scènes clefs du film auraient puent être l’occasion de détailler cette relation, soit en se servant d’une narration orale (comme c’est le cas tout au long du film), soit simplement en rajoutant quelque scènes supplémentaires.

Je finirai enfin par quelques mots sur la technique, qui est un peu plus difficile à défendre. Il est vrai que Nana bénéficie d’une belle photographie par moment. Certaines scènes à l’intérieur de l’appartement 707 semblent vraiment hors du temps grâce à un jeu sur les contrastes de blancs. Mais en dehors de ça, la mise en scene se révèle tout de même assez pauvre avec des plans de cameras pantouflards, souvent fixes. Le film souffre en plus d’une assez mauvaise exploitation de l’espace par la camera avec énormement de plans resserés sur les visages, une technique qui fait vraiment penser aux dorama. Cette impression se confirme d’ailleurs en regardant le making-of dans lequel on voit la profusion de scènes tournées exclusivement en studio.
Enfin, puisque le film tourne autour du monde de la musique, j’ai été un peu étonné de ne pas voir plus de séquences musicales. En dehors de quelques scenes très courtes de concert et de répétitions, on ne voit presque rien. C’est vrai qu’il y’a une description, interessante du monde de la musique à travers le couple Ren/Nana mais là encore on n’aurait pas craché sur un peu plus de profondeur. En ce qui concerne la bande originale en elle-même, on retiendra le titre rock’n roll de Mika Nakashima, Glamorous Sky ainsi que le premier single de Yuna Itoh, Endless Story qui ne plairont vraiment qu’à un public déjà amateur de Pop-rock japonais.

Finalement, Nana est plutôt une bonne surprise compte tenu de son statut de film pour fans. Malgré une mise en scène un peu molle et un scénario que l’on aurait voulu plus détaillé par endroits, on passe dans l’ensemble un agréable moment en compagnie des deux Nana et de leurs amis rockeurs et cela même, si on n’a jamais entendu parler du manga.

Le 3 mars 2006 avait lieu la 29ème édition des Japan Academy Prize qui récompensait les jeunes talents de l’année 2005. Mika Nakashima y fut nominée pour le prix du meilleur jeune talent et le prix de la meilleure actrice.

TRAILERS
SITE OFFICIEL


R