Consoles-Fan
25/08/2019

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V pour Vendetta
Il
La r

Pour leur premi

Devoir de révolte

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Le concept de justice n’a pas de visage. V arbore donc un masque.

Depuis quelques temps, certains cinéastes tentent d’explorer les attitudes et les comportements qui sont nés des traumas post 11 septembre : La Guerre des Mondes de Spielberg (la thématique de l’anéantissement), Lord of War de Andrew Niccol (la prolifération accrue de l’armement)... V pour Vendetta s’inscrit complètement dans cette posture bien qu’il en démultiplie les enjeux d’une part grâce à la puissance évocatrice du pamphlet libertaire de Moore et d’autre part grâce à l’implication plus profonde des frères Wachowski au fur et à mesure de l’avancement (surtout retardement) du tournage.

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Si V joue

Le film débute sur l’exécution d’un révolutionnaire prêt à tout pour faire voler en éclat les symboles d’un état totalitaire. A partir d’une mise en abîme judicieuse, l’histoire prend place dans une Angleterre soumise au joug d’un dictateur qui a rétablit l’ordre suite à de violentes émeutes survenus à la fin du 20ème siècle. Les idées de liberté et d’égalité sont dénigrées par les hauts dirigeants considérant ces idéaux comme antinomique à la notion de paix. Un homme se dresse alors face à ce gouvernement fascisant pour en démonter simultanément les principes pernicieux et sournois. Il utilise deux schémas étroitement liés la réflexion intellectuelle, la comédie et le terrorisme le plus débridé. Ce long métrage commence véritablement lorsque Evey Hammond (Natalie Portman) s’aventure dans les rues mal éclairées de Londres lors du couvre feu et qu’elle se fait agresser par quelques salopards (eh oui, ça existe toujours, même sous les dictatures les plus répressives).

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Evey ne sait pas encore ce qu’il l’attend.

Arrive à son secours, un drôle de personnage qui arbore un masque digne des meilleures Commedia dell’arte et qui ne fait qu’une bouchée de ces assaillants. Il s’en suit la première rencontre entre Evey et V sur le toit d’un immeuble où notre sauveur fait exploser une tour représentant le pouvoir confisqué par un ordre violemment autoritaire. Leur retrouvaille s’effectue peu de temps après, lorsque V tente de pulvériser à l’explosif le bâtiment où elle travaille, c’est à dire l’immeuble de la chaîne de télévision muselée par l’état. Evey lui rend l’appareil en le protégeant d’une mauvaise posture et il décide donc de la conduire chez lui, plutôt que de la laisser inconsciente sur les lieux du crime, en proie aux éventuelles représailles sanglantes des tenants du régime.

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Deux flics tr

Mais en échappant à d’atroces tortures, Evey doit parcourir une route longue et douloureuse en compagnie de ce mystérieux V qu’elle apprendra à connaître au fur et à mesure de l’aventure.

Terrorisme et Liberté

Lorsque Alan Moore décide de prendre sa plume afin de scénariser V pour Vendetta (le comic book), c’est en réaction à la brutalité dont use et surtout abuse, au Royaume Uni, un certaine « dame de fer » de sinistre mémoire. Moore, anticonformiste notoire, accompagnés des dessinateurs David Lloyd et Tony Weare dépeignent un monde, abruti par la télévision à outrance, asservi à l’imagerie que ces dirigeants se font de lui et habité par une population en rupture avec ce système.

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La vengeance est un plat qui se mange froid.

Le passage sur écran s’appuie sur ces fondamentaux en y injectant l’actualité de ces dernières années collant très justement au récit. Le cocktail (Molotov) prend vite le pli lorsqu’il s’agit de politiser V pour Vendetta en lui instillant des scènes percutantes telles l’attaque de la station télé et la découverte du camp laboratoire rappelant un conflit du milieu du 20ème siècle. Néanmoins, certaines idées font l’objet du traitement un peu trop lourdingue voir caricatural qui nuit d’une part à la pertinence du propos et d’autre part au rythme du film lui-même. D’ailleurs, la faiblesse de V pour Vendetta vient des partis pris visuelles qui frisent parfois l’amateurisme. Outre un design lorgnant plus du coté de la purge façon Aeon Flux que des sublimes expérimentations plastiques de Blade Runner, le film s’enferme dans de longs moments pénibles qui servent maladroitement le propos comme « l’hommage » à Benny Hill et la prise de conscience inspirée par l’enferment de Evey à l’intérieur d’une prison.

Alors, certes, les points de vue politiques font mal à une industrie cinématographique sclérosée par sa frilosité à aborder des sujets graves, les positions radicales de V pour Vendetta en remontrent à pas mal de réactionnaires qui pullulent aujourd’hui dans les confortables salons des élites dirigeantes, mais l’iconographie pourrav’, sans envergure ni dimension fini par lasser et rebouter le plus assidu des spectateurs qui au final s’ennuie vraiment ferme. Tardivement, un moment de grâce surgit lorsque les Wachowski confisquent la caméra de McTeigue pour nous livrer un combat de fin crépusculaire et une invasion des défenses ennemis « trop courtoise » par la population. Après la réussite From Hell, autre adaptation d’une BD de Moore, V pour Vendetta laisse dans la bouche de nombreux geek : un goût amer, puisqu’on passe nettement à coté du film radical ultime promis. Décevant mais peut être également encourageant, si les Wachowski continue d’explorer des voies autant implacable en faisant eux même le boulot. « La cuillère n’existe pas ».


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