Consoles-Fan
15/08/2018

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Nausica
Aux origines
du studio Ghibli.

C’est en 1984 qu’Hayao Miyazaki accepte, sous la pression de son

Considéré à tort comme le premier film réalisé par le grand maître de l’animation [1], Kaze no Tani ni Naushika est en réalité son premier grand projet original. Comme toute première création, le (presque) jeune Miyazaki (43 ans) tente d’y insuffler toutes les influences, toutes les idées qui le font vibrer.

Les éléments caractéristiques de son oeuvre sont déjà là, des avions au message écologique, Nausicaä, à n’en point douter, a tracé les premiers sillons de l’expression merveilleuse de son auteur.

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Nous sommes dans un futur alternatif, mille ans se sont écoulés depuis l’apocalypse engendrée par les sept géants. Depuis, le monde est recouvert par la Mer de la corruption fruit de la pollution humaine. Sa végétation toxique ne cesse de s’agrandir menaçant chaque jour un peu plus le devenir de notre espèce...

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Ambiance très cosy dans cette petite salle du 8° arrondissement, des journalistes plus ou moins pro ont été gentiment invités par Buenna vista pour assister en avant première à la projection de Nausicaä. Nous sommes une vingtaine tout au plus... La lumière s’éteint...

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J’avais, il y a de cela quelques années, eu l’occasion de regarder une des éditions françaises plus ou moins officielles de Nausicaä. C’était une vieille VHS affublée d’un titre farfelu du genre "la princesse du vaisseau des étoiles". J’en avais gardé un assez bon souvenir, mais le doublage et les coupes arbitraires dans la bobine n’aidant pas (près de 20 minutes avaient été supprimées !), il était loin d’être impérissable... Force est de constater que le travaille de restauration du master original est époustouflant. L’image est lumineuse, je me souvenais de couleurs passées, de ton vaguement pastels lavés sans Ariel, mais à l’écran les couleurs sont vives, le grain est d’une qualité parfaite. Tant et si bien qu’il me semble assister à une véritable résurrection. Adieu VHS pourrie charcutée par de méchants américains sans scrupules... Vive Nausicaä en cinémascope !

Je vais donc de découvertes en émerveillements, les voix originales sont une véritable bouffée d’oxygène et redonnent tout son charme à l’anime. S’il est vrai que quelques synthés et autres sons de batterie très « Indochine » ont mal vieilli, le reste des compositions est enivrant, les musiques virevoltent dans mes oreilles et font déjà étalage du talent de Joe Hisaishi.. Je constate que les scènes coupées, sont souvent d’une grande importance et de toute beauté. La neige des spores, de nombreux flash-back intimistes sont autant de moments de pure contemplation, d’expression d’émotions profondes... Je réalise combien l’oeuvre est plus travaillée que ne laissait augurer le traitement infligé par ma pauvre VHS orientée 100% action. Le film prend donc une nouvelle dimension. À mon grand étonnement, il me parait même beaucoup plus mature que son successeur Laputa [2]. Ici l’action laisse place à une réflexion intelligente, à des états d’âmes complexes. Rien n’est manichéen, les psychologies des différents protagonistes expriment une réelle confusion, une sensibilité en somme très humaine, seule Nausicaä apparaît comme un puits de courage et d’innocence mélangée, et pour cause... Enfin je vous laisse découvrir par vous même ;) J’attendais avec beaucoup d’appréhension le propos écolo japoniais gnangnan, d’autant plus que je m’étais tapé une version catastrophique de ce discours dans le décevant Origine, mais je dois avouer avoir été très agréablement surpris. Même si quelques idées sous-jacentes me gênent encore dans l’approche de Miyazaki, le traitement évite une vision simpliste du sujet en proposant plusieurs grilles de lectures au spectateur. Cependant il me parait toujours très critiquable de considérer que la nature oeuvre pour le bien des hommes. Par définition cette dernière, si l’on exclu toute approche créationniste ou paganiste invoquant l’esprit de Gaïa, n’a que faire du devenir humain et de sa propre essence. La nature intoxiquée survivante n’aura de cesse de survivre en tant que telle et il est absurde de penser qu’elle puisse se sacrifier pour laisser place à une nature plus "normale", plus anthropomorphique pourrait-on dire... L’oxygénation de l’atmosphère qui nous a permis d’exister fut vécue comme la pire des pollutions pas les bactéries uni-cellulaires qui respiraient du souffre... Il convient donc de nuancer notre propos sur l’écologie. La planète en tant que telle, le règne animal, ou même la nature, se foutent d’être pollués, de muter ou de disparaître. Seul l’homme moderne se sent concerné par le paysage, la faune et la flore qui l’entourent et par son propre devenir...

L’écologie doit donc être un discours de préservation de l’environnement humain pour sa survie et non pour protéger de manière désintéressée l’entité Nature... Mais chez les Japonais cette vision très rationaliste est contrariée par un rapport traditionnel et religieux à la nature. D’où la difficulté qu’a pu ressentir Miyazaki à mener son histoire. Il s’en excuse d’ailleurs en ces termes : "Nausicaä a changé ma façon de penser. Pendant que j’essayais de conclure cette aventure, j’ai amorcé un tournant essentiel dans ma façon de penser. L’idée que la nature soit douce, qu’elle ait créé un nouvel environnement pour soigner celui que les humains ont contaminé - qu’elle ait fait d’ailleurs quoi que ce soit pour les humains - est fausse. S’attacher à une vue aussi naïve de la Terre est problématique".

Mais au delà de cet aspect idéologique, c’est à un ballet de couleurs chatoyantes, de musiques enivrantes, d’émotions et de sentiments bigarrés que nous invite cette douce Nausicaä... Une oeuvre aboutie, bien avant l’heure, qui ne souffre en aucun cas de de ses 22 années de retard sur le sol français.

En attendant le passage de témoin à son fils Goro et son film Gedo Senki cette oeuvre nous rappelle, s’il le fallait encore, O’ combien est grand le génie et la sensibilité d’Hayao Miyazaki.


Fiche technique :

 Titre : Kaze no Tani Naushika (Nausica

[1] Son premier long métrage n’est autre que l’adaptation du célèbre Lupin dans Le château de Cagliostro

[2] Le château dans le ciel