Consoles-Fan
20/05/2018

Auteur
  

2941 articles en ligne

 
Quartett ! The Stage Of Love
Tierc
PS2 : misez sur le bon cheval !

Quartett ! The Stage of Love, digital comic de Littlewitch b


Contrairement à beaucoup de digital comics, Quartett ! ne vous place pas dans la peau d’un personnage intégré à l’aventure. Vous prenez le rôle d’un lecteur/spectateur extérieur qui suit les tribulations d’un jeune étudiant en musique nommé Phill Junhers. L’histoire débute une nuit d’hiver. Phill Junhers, violoniste à ses heures perdues offre une prestation particulièrement remarquée lors d’un concert organisé dans l’église de la ville. Parmi les spectateurs se trouve la directrice d’une fameuse école de musique qui lui propose une place dans son établissement. La directrice de cette fameuse école préside cette année un grand concours national de musique et, manque de bol, une de ses élèves a décidé de quitter l’établissement. Heureusement pour elle, Phill la roue de secours est là. Sitôt dit sitôt fait, le voila intégré au nouveau quartette de la Magolia Music Institute.

Ce qui fait l’intérêt de Quartett ! par rapport à la masse des digico disponibles sur PlayStation 2, c’est sans aucun doute le système maison de Littlwitch baptisé Floating Frame Director (FFD). L’idée est tout bête puisque les développeurs ont transposé la mise en page d’un manga pour faire du jeu un "digital comic" par opposition aux digital comics classiques que l’on devrait plus justement désigner par le terme "visual novel". Mais laissons donc ces considérations linguistico masturbatoires et penchons nous sur ce qu’offre réellement le FFD.
Fini, les 15 décors qui défilent avec des personnages aux expressions stéréotypées et place à la richesse graphique, la vraie. Le Floating Frame Director ce sont des cases de BD et des bulles qui défilent au gré de l’aventure faisant qu’aucune situation ni aucun dialogue ne ressemble à un autre. Selon Littlewitch le nombre de cases visibles dans le jeu serait de plus de 1000, ce qui est bien loin de la pauvre centaines de CG gracieusement accordée par 99,9% des digital comics. Et si vous n’êtes toujours pas convaincus sachez que ces illustrations n’apparaissent plus d’un simple fondu enchainé mais défilent selon le rythme des dialogues et de l’atmosphère du moment.

Comme pour les précédentes productions Littlewich la partie graphique a été confiée à Ashihito Ohyari. Connu aussi sous le nom de Nocchi, il est illustrateur, mangaka et auteur de doujinshi. Comme de nombreux artistes japonais, il commence sa carrière en tant qu’auteur de manga pour adultes et fait ses premières armes pour le compte de la revue Comic Papipo. En 1999, sous le pseudo Nocchi, il fait ses débuts dans l’industrie du jeu vidéo avec Kita He, un digital comic tout public sorti sur Dreamcast, qui remportera un certain succès.
En 2001, il commence chez Littlewitch et travaille sur Shirotsume Souwa. Enfin en 2003, il prend du galon et participe directement à la production des jeux du studio. Le style de Ashihito Ohyari est particulièrement reconnaissable. Ces personnages sont souvent très filiformes et il laisse fréquemment apparentes certaines lignes de crayon, ce qui donne une irrégularité dans les contours de ses personnages. Il a également recours à un panel de couleurs très particulières, souvent dans les tons pastels et delavés, ce qui donne une impression feutrée et cotonneuse à ses illustrations. En raison, certainement de l’industrie dans laquelle il évolue son style est très typé "bishoujo" avec un penchant plutôt marqué pour des personnages à la physionomie occidentale.
Quartett ! en est d’ailleurs un exemple parfait, puisqu’il met en scène un personnage masculin entouré de jeunes demoiselles, tandis que l’action se déroule dans un institut de musique quelque part en Europe.

Comme le scénario représente l’attrait principal du jeu, je ne souhaite pas m’y attarder. On peut simplement noter que les habitués du genre n’auront pas de grande surprise en jouant à Quartett !.
L’histoire s’inscrit directement dans le genre ultra tarte à la crème du "Renai Gakuen Adventure" qui pour l’occasion évite la sempiternelle histoire échangiste sur fond de cerisiers en fleurs, de marinières courtes et d’enseignantes lubriques. Ceci dit, Quartett ! est au départ un jeu pornographique et le but ultime en dehors de remporter le concours sera bien évidemment de vous taper le maximum d’étudiantes avant la fin du semestre...
La progression de l’histoire se fait de manière très classique, pas de mini-games louches ou de phases "action" foireuses, on reste dans une optique de gameplay plutôt passif consistant à suivre le fil des dialogues. De temps en temps, une séquence de réponses à choix multiples fera son apparition au détour d’une conversation ou d’une scène. En fonction de la réponse que vous donnerez, la cote de Phill grimpera auprès de certains personnages. Malgré le relatif classicisme du scénario, les dialogues et les situations ne manquent pas d’un certain humour, ce qui est un plus non négligeable pour une catégorie de jeux misant une grande partie de leur intérêt sur l’histoire. Autre point positif, le style "ugoku manga", donne lieu à des échanges relativement brefs et facilement compréhensibles en comparaison de certains digico affichant des monologues intérieurs de dix lignes bardés de lectures imbuvables qui nous obligent à sortir notre dictionnaire toutes les deux minutes.

Les personnages présents dans le jeu sont relativement nombreux mais l’aventure tourne principalement autour du quartette composé de Phill et des trois jeunes filles. Là encore, on est en terrain connu avec des traits de caractère plutôt stéréotypés.
 Juni Argiano est la grande gueule du groupe. Elle parle fort, plaisante sans arrêt, picole... Elle a également une soeur jumelle Mai que l’on aperçoit au tout début du jeu et qui reviendra plus tard dans l’aventure.
 Li Shuhua est la grande fille discrète à la beauté mystérieuse
 Charlotte Francia est la plus agée du groupe. Elle incarne l’inévitable fille qui ne peut pas supporter le héro au début mais qui finira quand même dans son lit. Elle est également complexée par sa petite taille.
 Quant à Phill Junhers, c’est le beau gosse talentueux qui ne se prend pas au sérieux.
Un autre point négatif qui aurait pu être corrigé, vient de la mise en scène générale vraiment décousue par endroits.
Puisque le jeu devait être édité afin de supprimer les scènes pornographiques, il aurait été de bon ton de revoir un peu l’enchaînement de certaines scènes. Il arrive en effet, que des changements de lieu ne se fassent pas de façon naturelle. Par exemple, il arrive qu’on voit les personnages discuter dans une salle... Et hop ! le dialogue suivant, on fait un saut de plusieurs heures sans transition convenable.

Cependant, le vrai point négatif de Quartett ! se situe au niveau graphique. Pour son passage sur télévision, il était impératif de modifier la police de caractère conçue pour un affichage PC. Les caractères sont en effet beaucoup trop fins pour un écran de télévision et le balayage les fait scintiller affreusement. Que ce soit sur un grand ou un petit écran, le problème persiste. A moins de pouvoir passer en VGA la qualité d’affichage est bien évidemment à des lieux de la version PC.
D’un autre côté, si les développeurs avaient agrandit la police, c’était autant de place perdue pour les illustrations et finalement peut être ont-ils simplement dû faire un choix. Ceci dit, ceux qui sont totalement à l’aise avec le japonais oral, ont toujours la possibilité de masquer les bulles de dialogues. Quant aux autres et bien il faudra faire avec où se tourner vers la version PC.
Le problème de l’affichage TV ne se limite d’ailleurs pas à l’écriture, et les illustrations aussi ont vraiment perdu de leur finesse. En contrepartie, la version PlayStation 2 dispose de voix digitalisées absentes de la version PC. A ce niveau, le résultat est plutôt satisfaisant. L’ajout de doublage permet notamment de cerner plus précisement la personnalité de chaque protagoniste et de les humaniser. Toutefois, on notera un léger problème de calibrage vis à vis de la musique qui très souvent couvre les voix.

Moins réussi techniquement que son homologue PC, Quartett ! The Stage of Love conserve néanmoins un certain nombre de qualités dont le fameux Floating Frame Director. Etant donné le nombre important d’illustrations, l’aventure se révèle malheureusement plutot courte. Les plus acharnés pourront toutefois recommencer le jeu sous un angle différent pour découvrir d’autres embranchements scénaristiques.
Enfin, la version PlayStation 2 a pour elle d’être destinée à tous les publics ce qui n’était pas le cas de la mouture PC.


NOTE : 07/10