Consoles-Fan
18/10/2018

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The Idolmaster
Et je chante !
et je danse !

On peut dire que je l’aurai attendue cette conversion d’Idolmaster ; deux ans pour


Is this loli ?

Dès sa sortie au Japon, Idolmaster a déchainé les passions d’un nombre assez impressionnant de joueurs qui se délectaient du caractère très borderline des dialogues et des situations présentés dans le jeu. Il est vrai qu’incarner un producteur qui prend sous son aile de jeunes pop-idols pour les mener à la gloire peut dégager une certaine odeur de soufre dans nos pays occidentaux. Corruption des esprits, indifférence générale ou simple fossé culturel, on sait depuis longtemps que le lolicon n’est pas un problème au Japon. Ce fétiche occupe même une place de choix dans les doujinshi, les périodiques pour adultes et la sous-culture populaire dans son ensemble.

En ce qui concerne Idolmaster, le débat a grossi (dans les limites de 2channel et Futabachan) plus en raison du support que pour le contenu intrinsèque du jeu. Beaucoup d’utilisateurs pro-Sony y voyaient une ultime manœuvre de Microsoft pour conquérir le cœur des joueurs japonais encore très frileux à l’égard de la boite au X. Avec Idolmaster, Bandai Namco offrait à la firme américaine un permis de chasse sur les terres des constructeurs japonais. En proposant un titre proche du concept des digico, la Xbox 360 s’affranchissait de son statut de console pour gros américain neuneu « Pif paf pan pan t’es mort ! » et proposait désormais dans son catalogue un genre qui fait encore les beaux jours de la PlayStation 2. Pari à demi-réussi, puisque les séances de massages de poitrine, les chorégraphies en tenue louche et les dialogues légèrement tendancieux, à défaut d’avoir fait vendre des consoles, auront au moins donné lieu à bon nombre de commentaires potaches et de montages vidéos disponibles encore aujourd’hui sur le net.
Une fois le jeu en main, il faut bien avouer que la hype a dépassé très largement la réalité. Si le contenu général ne laisse aucun doute sur le cœur de cible du jeu, l’ensemble s’avère quand même très très édulcoré. Au final, Idolmaster ne choquera sûrement pas la population otaku habituée à du contenu bien plus hard (il suffira de trainer 3-4 minutes sur les sites sus-cités pour s’en convaincre).

Bon et sinon le jeu c’est comment ?

Un des trucs sympa d’Idolmaster, quand on est quelqu’un de très occupé comme moi, c’est la possibilité de pouvoir jouer par petites sessions de 15-20 minutes. Le scénario tenant sur un timbre poste, on peut également laisser de coté le jeu pendant plusieurs semaines et reprendre ensuite sa partie sans en avoir perdu le fil.
Au départ, vous incarnez un jeune producteur sans expérience bien décidé à faire ses preuves au sein de sa boite de prod’. Le patron commence donc par vous confier la carrière d’une jeune fille que vous devrez suivre et entrainer pour faire d’elle la nouvelle idole à la mode (en gros c’est un peu comme la Star Ac’ mais en mieux).

A l’issue de la scène d’introduction, vous devez sélectionner une demoiselle parmi les dix qui se présentent à vous (il y’a une fille bonus par rapport à l’édition arcade). Comme dans n’importe quel jeu de combat ou de sport, chacune d’elle possède des caracteristiques propres et aussi une personnalité plus ou moins facile à gérer. Une fois le choix validé l’aventure commence.
A partir de là, vous avez 52 semaines pour mener votre protégée au succès. Le découpage du calendrier est d’ailleurs un peu bizarre, pour ne pas dire clairement mal fichu. Entre chaque session de jeu, un certain nombre d’activités vous est proposé et chacune d’elle réclame plus ou moins de temps (participer à une audition prend plus de temps que donner congé à votre idole par exemple). Quoi qu’il en soit, peu importe l’activité choisie et le temps que vous y passez, chaque session correspond à une semaine dans le jeu. Il est très important d’avoir ça en tête dès le début, pour ne pas s’égarer. L’année s’écoule très vite et il n’est pas facile d’atteindre les objectifs maximums fixés par le jeu si on n’a pas déjà mis au point un planning précis.

Le déroulement du jeu est extrêmement linéaire. Chaque matin, vous arrivez au bureau et votre patron vous donne les tendances du moment. Elles sont reparties en trois catégories : vocal, visual et dance. Ces trois tendances correspondent aux goûts du public et déterminent le type d’auditions que vous allez passer en priorité. Il faudra donc constamment ajuster les talents de votre idole en fonction de ces tendances.
Une fois ces informations en main, le jeu vous propose de changer l’apparence de votre idole, de produire une nouvelle chanson ou de ne rien faire.

Ce soir, je serai la plus belle pour aller danser

Outre leurs qualités décoratives, les costumes et les accessoires vous permettent de donner un petit coup de boost à vos talents. En fonction de la mode de la semaine vous devrez ajuster vos accessoires et vos robes en conséquence.
Avec la partie habillement, on rentre paradoxalement dans la partie la plus intéressante et la plus décevante d’Idolmaster. En fait, tout dépendra de votre envie de dépenser des sous ou non. En effet, Bandai Namco a eu une idée géniale : proposer a un rythme plutôt régulier des costumes et des accessoires originaux en téléchargement. Alors là on se dit : « Ah oué ! C’est vrai, c’est trop génial comme idée ca ! ». Sauf que pour être la plus belle de la soirée, il va falloir sortir ton credit card mon ami (copyright Uncle Tom). La moindre petite robe coute 500 points, chaque accessoire est facturé une centaine de points et les costumes hilarants aperçus au détour de vidéos Youtube sont tous vendus en kit, je vous laisse donc faire le calcul...

Sur les 80 objets disponibles sur le Marketplace, seules deux robes sont gratuites. Du coup, on se console en se disant qu’on debloquera bien quelques trucs pendant le jeu. Que nenni ! S’il y a bel et bien un nombre plutôt important d’accessoires sympas à découvrir, du côté des vêtements c’est le néant. Des trois modèles de costumes accessibles au début, vous n’aurez droit qu’à des déclinaisons de couleurs différentes et si vous n’êtes pas contents c’est la même chose. Bref, inutile de vous faire un dessin, c’est une belle arnaque. Soit vous décidez de débourser à peu près l’équivalent du prix du jeu en habits virtuels flamboyants, soit vous estimez avoir payé suffisamment cher comme ça et vous aller enchainer des auditions uniformes et sans saveur dans des vêtements franchement pas terribles.

I can’t sing but I feel like singing

Une fois vêtue de vos beaux habits, il va falloir vous dégotter une chanson. Avant tout chose, il faut savoir que le jeu ne vous permet de produire que cinq titres en une année, il faudra donc être judicieux dans vos choix et les faire coller au maximum à la tendance du moment. Niveau répertoire, pas de surprise. C’est 100% J-Pop, avec des paroles cuculs, des refrains qui dégoulinent de mièvrerie et un beat qui vous pénètre le cerveau à la seconde où la chanson démarre. De ce point de vue, c’est tout ou rien. Ceci dit, si vous vous intéressez à ce genre de jeu, vous devez au moins supporter ce style de musique.

Malgré la relative uniformité des titres, chaque chanson correspondra à une tendance particulière. Avant tout nouveau passage en studio, il faudra consulter le descriptif de chaque titre pour s’assurer qu’il corresponde aux attentes du public.
Le vrai problème au niveau de la bande son ne réside pas tant dans le choix musical que dans la relative pauvreté de la sélection. Il faut bien avouer que seize titres en tout et pour tout, ca ne fait quand même pas lourd. Bandai Namco nous avait habitué à mieux dans Taiko no Tatsujin... On peut toujours espérer des mises à jour dans le futur, mais en ce qui me concerne j’en doute fortement. Le jeu est sorti depuis plusieurs mois, il y a déjà eu 4 mises à jour successives pour les habits mais rien du côté des chansons. D’autre part, l’interface graphique du jeu est telle qu’il parait peu probable d’obtenir des nouveaux titres à l’avenir.
Tout ça est un peu dommage. Pour un jeu portant sur l’univers de la musique, Idolmaster méritait une bande son beaucoup plus riche.

Ca y’est j’ai mes habits et ma chanson, je fais quoi maintenant ?

La seconde étape du jeu consiste à choisir votre activité de la semaine. Plusieurs choix s’offrent à vous : Donner congé à votre idole (utile quand elle a le moral dans les chaussettes), participer à des events variés, prendre des cours ou s’inscrire à une audition sont les choix qui s’offrent à vous. Les auditions constituent le gros morceau d’Idolmaster, mais il est préférable de s’y inscrire après avoir fait le tour des deux options précédentes.

La partie Eigyou constitue le morceau scénarisé d’Idolmaster, c’est là que vous allez pouvoir approfondir votre relation avec votre idole et capitaliser des moments privilégiés qui vous seront utiles par la suite. Les events proposés dans cette partie sont plutôt variés, ça va de la séance photo en maillot de bain, au live promotionnel en passant par une promenade dans le parc ou une réunion au bureau.
Chaque séquence consiste en un petit dialogue entrecoupé de 3 sessions de QCM ou de 2 QCM et un QTE. En fonction de vos réponses, la jeune fille vous appréciera plus ou moins et emmagasinera des Memories : un élément essentiel pour réussir les auditions. C’est durant ces phases de communication que l’on trouve également le coté un peu fripon d’Idolmaster. Par exemple, vous devrez simuler une attaque de satyre ou demander à votre idole de prendre une pose suggestive pour une séance photo. Pour bien réussir ces séquences, il faudra bien entendu comprendre ce que les personnages racontent (et c’est parfois pas facile vu la vitesse de défilement de certains dialogues).

Mais il faudra également bien connaitre la personnalité de la jeune fille que vous coachez, puisque certains personnages seront plus sensibles à tel ou tel type de choix. Dans l’ensemble ces petits passages sont plutôt distrayants et offrent suffisamment de combinaisons possibles pour découvrir de nouveaux embranchements à chaque nouvelle partie.

Maintenant direction la salle d’entrainement

Seconde étape avant les auditions : les leçons. Chaque cours correspond à un mini-jeu qui permet de booster de manière plus ou moins significative les talents de votre idole. Il existe deux types de leçons : les leçons uniques qui n’augmentent qu’une capacité et les leçons doubles qui permettent d’augmenter deux caractéristiques simultanément. Le choix de l’un plutôt que de l’autre dépend vraiment des goûts de chacun. Il y a simplement une épreuve qui risque de poser quelques problèmes aux non japonisants. Pour le reste il suffit juste de ne pas être daltonien.

Les entrainements sont plutôt amusants au début mais deviennent vite assez redondants. En effet, pour augmenter de manière significative les caractéristiques de chaque jeune fille, il faudra consacrer pas mal de temps à chaque leçon. Le manque flagrant d’épreuves (6 au total) et le niveau ras des pâquerettes du gameplay, rend rapidement la tache plus fastidieuse qu’amusante.
Là encore, il y’avait de l’idée mais les développeurs n’ont tout simplement pas exploité convenablement le concept. Une fois la matrice de chaque QTE maitrisée, on enchaine les perfect sans grande conviction en espérant passer à la suite le plus rapidement possible. C’est d’autant plus rageant qu’il y avait vraiment matière à faire mieux. Sans changer le principe profond des épreuves, proposer une large sélection de QTE de manière aléatoire aurait eu le mérite de maintenir un minimum de tension et renouveler un tant soit peu l’intérêt pour chaque leçon.

Le choix de l’audition

Les auditions vont permettre à votre idole de se faire connaitre du public et d’accéder au statut tant convoité de Super Star. Les auditions sont réparties selon leur niveau de difficulté (rookie, local, national...). Toutes les auditions ne sont pas accessibles immédiatement et inversement les auditions du début vous seront fermées une fois un certain statut atteint. Enfin, il existe un certain nombre d’épreuves spéciales auxquelles vous ne pourrez participer qu’après avoir rempli certaines conditions.
Les épreuves réunissent jusqu’à 6 candidats différents. Si vous avez le Live vous pourrez vous frottez à d’autres joueurs, dans le cas contraire les candidats seront contrôlés par l’ordinateur. Avant votre entrée en scène vous devez passer deux QCM. 

Le premier se déroule devant un jury. Si vous donnez une réponse qui plait à l’examinateur la jauge de tension de votre idole grimpera et lui donnera un avantage pendant l’épreuve. Le second QCM se déroule dans les coulisses. Il s’agira de formuler une phrase d’encouragement pour votre idole, si cela fonctionne sa barre de tension augmentera encore, dans le cas contraire elle diminuera et entrainera une pénalité pendant l’audition.
Malheureusement pour vous, ces deux séquences sont totalement aléatoires. Il n’y a potentiellement aucune bonne ou mauvaise réponse, cela dépendra simplement du bon vouloir de la console. Si dans les premières auditions un mauvais choix n’a que peu d’incidence sur le résultat final, une fois arrivé à des niveaux plus élevés l’état psychique de votre idole déterminera quasiment sa victoire ou sa défaite. On est donc d’autant plus énervé quand on échoue à l’une de ces deux épreuves.

En route pour la gloire

Les auditions se déroulent en trois rounds et devant trois juges. A chaque round vous avez un total de 9 chances pour séduire le maximum de juges. Des points vous sont ensuite attribués en fonction de vos statistiques. Il est également possible d’obtenir des bonus de points de temps à autre, mais j’avoue n’avoir toujours pas compris la façon dont ils étaient attribués. A la fin de chaque round, un décompte des points est fait et les trois premiers reçoivent un nombre d’étoiles proportionnel à l’influence de chaque juge. Cette dernière dépend de la popularité de tel ou tel style, le juge le plus influent rapporte 5 étoiles, le second 3 étoiles et le dernier 2 étoiles. Si vous vous classez dernier pendant une épreuve on vous retire une étoile.

Le gameplay durant les auditions, malgré une simplicité apparente, laisse pas mal de place à la stratégie et à l’anticipation surtout lorsqu’on joue en ligne ou que l’on arrive aux auditions de rangs supérieurs. Avant de participer à une audition, il sera par exemple bon d’attendre le dernier moment pour valider votre inscription afin d’étudier les statistiques de vos adversaires, leurs points forts et leurs points faibles.
Par ailleurs, plus un juge est populaire et plus les candidats tenteront de l’impressionner, ce qui fera baisser d’autant son intérêt pour l’audition. Dans le cas où trop de candidats parient sur le même juge celui-ci pourra tout simplement quitter la salle avant la fin de l’épreuve et retirera tous les points qu’il aura attribués depuis le début. On comprend qu’il vaudra parfois mieux parier sur les deux juges un peu moins influents pour assurer ses points plutôt que risquer de tout perdre sur le juge le plus populaire.

De la même manière on pourra tenter de « draguer » constamment le juge le plus populaire pour le faire partir et supprimer les points glanés par vos adversaires. De plus, pour s’assurer des points d’avance, on pourra utiliser les souvenirs réunis pendant les séquences de communication. Durant chaque audition il est possible d’en utiliser trois dans l’ordre que l’on souhaite. Chaque utilisation implique un pourcentage d’échec qui dépendra de l’état psychologique de l’idole.
Quand vous déclenchez la roulette des souvenirs, vous trouvez des bons et des mauvais souvenirs. Plus la tension de l’idole est basse et plus les mauvais souvenirs sont nombreux. Si vous sélectionnez un bon souvenir vous obtenez un bonus immédiat sur les 3 juges et vous remontez leur intérêt pour l’audition. Dans le cas contraire vous perdez des points.
Enfin, vous aurez la possibilité de séduire deux ou trois juges d’un seul coup, lorsque dans votre deuxième, et votre troisième partie vous produirez des duos et des trios d’idoles.

Bon au final c’est bien ou c’est pas bien ?

Idolmaster possède un facteur sympathie non négligeable. Sur le plan technique, le jeu est irréprochable. Sans proposer des déluges d’effets spéciaux, il affiche un cellshading impeccable et une animation extrêmement convaincante. De plus, on peut sans trop s’avancer estimer qu’il risque fort de rester le seul jeu de ce genre sur la console de Microsoft. Bien que le démarrage de la PlayStation 3 soit un peu laborieux au Japon, il y a peu de chances que des éditeurs comme Bandai Namco ou Mediaworks sortent leurs titres pour otaku sur la console de Microsoft.

D’un autre côté, il est difficile de conseiller Idolmaster pour pas mal de raisons. Tout d’abord, le jeu manque cruellement de profondeur tant sur le plan du gameplay que du contenu. La partie management est inexistante, la progression du jeu est extrêmement linéaire et débloquer ne serait-ce qu’un seul succès relève de la gageure tant le gameplay se révèle monotone sur le long terme.
Les dialogues et les séquences de communication contiennent quelques passages croustillants mais cela ne suffit pas à rattraper un ensemble qui aurait mérité tellement plus d’attention. Enfin, il faut ajouter l’attitude rapace de l’éditeur qui propose la quasi totalité des contenus à des prix particulièrement exorbitants.
Une connaissance de la langue n’est pas indispensable pour progresser dans le jeu mais c’est tout de même vivement conseillé ne serait-ce que pour espérer atteindre les meilleurs classements du jeu.

Au final, Idolmaster s’adresse de toute façon à un public très restreint d’importateurs habitués aux jeux bavards en japonais. Si c’est uniquement pour le coté mignon du graphisme que vous pensiez acheter ce titre, pensez-y encore. Autrement, vous risquez fort d’être rapidement déçu de votre acquisition.


NOTE : 05/10