Consoles-Fan
13/12/2018

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DanganRonpa : Trigger Happy Havoc
Tu m’as tué !
Oui, mais tu m’as pas vu !

Alors que les éditeurs hésitent de plus en plus à se jeter à l’eau quand il s’agit d’éditer des titres originaux, Nis America, éditeur spécialisé dans les jeux japonais plutôt confidentiels, a fait le pari d’éditer aux USA et en Europe DanganRonpa : Trigger Happy Havoc. Aventure textuelle plutôt détonante, le jeu mérite pourtant très largement le détour…

Dongan Ronpa nous met donc dans la peau de Makoto Naegi, un jeune lycéen. Alors que celui-ci se destinait à des études sans histoires, le voilà cordialement convié à rejoindre la plus prestigieuse université du pays, la Hope’s Peak Academy, qui est connue pour n’accepter que les étudiants "Ultimes". Vous aurez donc à côtoyer au cours de votre cursus la "Nageuse Ultime", qui bat tous les records en piscine, la "Hackeuse ultime", qui a déjà à son actif des programmes ultra-avancés, la "Pop Star Ultime", qui est simplement une chanteuse de J-Pop…mais également toute une tripotée de personnalités plus violentes, telles que le "Chef de Gang ultime". En quoi un étudiant lambda tel que Makoto est "ultime" ? Tout simplement car il est le "Chanceux Ultime", tiré au sort parmis les innombrables lycéens du pays. Cela promettrait évidemment une année plutôt mouvementée, mais celle-ci le sera bien plus que prévu…

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Voici Monokuma, le "directeur" de l’université.

En effet, vous vous retrouverez au final bien rapidement pris dans un véritable traquenard : sitôt arrivé, vous vous retrouverez enfermés, ainsi que vos quatorze camarades, dans l’école. La porte aura laissé sa place à une protection digne d’une chambre-forte, et vous ferez alors la rencontre du "Directeur" de cet établissement : Monokuma, un…ours en peluche. Celui-ci vous expliquera alors joyeusement les détails de votre scolarité, qui se résument en quelques principes simples. Le premier d’entre eux est simplement qu’une fois dans l’école, il est interdit d’en sortir. Monokuma pourvoira aux besoins en nourritures et vêtements, mais toute tentative d’en sortir ou de l’agresser sera sévèrement punie. Seul moyen d’être autorisé à sortir : tuer un de ses camarades de promotion, et ne pas être reconnu coupable du crime par ceux encore en vie lors du "procès" qui se tient alors peu après. Autant dire que la paranoïa va vite régner entre les étudiants...

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La paranoïa va vite s’installer...

Partant de ce scénario pour le moins déconcertant, Dangan Ronpa part sur des chapeaux de roue : véritable Visual Novel dans sa narration. Le jeu progresse par les dialogues, certains obligatoires, d’autres optionnels permettant d’approfondir les relations entre le héros et ses amis. Décomposé en chapitre, la structure narrative reste globalement la même tout le long du jeu : vous disposez d’un peu de temps libre et de quelques occasions de discuter avec vos amis, puis un évènement perturbateur survient. Le jeu passe alors de la vie quotidienne à l’enquête : il faut comprendre qui a été tué, comment, et surtout, par qui ? On se retrouve alors à fouiller les plans fixes faisant office de salles (très jolis) et à recueillir les témoignages et alibis de tous, afin d’arriver bien préparé au procès…

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Les jugements sont menés tambour battants, avec autant de témoignages que d’accusés !

Pour le déroulement des procès, la comparaison la plus évidente serait un Phoenix Wright survitaminé : alors que la série de jeux de Capcom met au prise un avocat avec UN témoin, ici, l’ensemble des survivants sont à la barre. En effet, celle-ci est circulaire, permettant à tous d’être à la fois témoin et accusateur. De même, ici, le jeu profite de son doublage (anglais ou jap’, au choix !) pour dynamiser complètement l’action : il n’est pas question de passer les textes à son rythme, puisque les répliques de chaque témoin/accusateur/accusé n’est affiché que le temps d’être dite. Certes, l’ensemble des répliques reboucle sur elle-même, mais le jeu vous chronométrant et vous évaluant sur votre rapidité, il ne faudra pas traîner pour repérer les inconsistances.

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Faire entendre raison à quelqu’un n’a jamais paru aussi déjanté.

Pour mettre en évidence celles-ci, là aussi, le système s’avère ultra-dynamique : vous disposez d’un viseur, permettant de tirer vos preuves comme des balles. Votre cible : une phrase que vous considérez en contradiction avec le dossier constitué lors de l’enquête. On se retrouve donc à devoir suivre attentivement les propos de chacun, mais surtout à bien choisir son objection, et enfin à la dégainer littéralement au bon moment (en appuyant sur triangle). Pour complexifier la tâche, vous aurez rapidement en prime d’autres problèmes à gérer, comme du "bruit" : alors que quelqu’un témoigne, les autres étudiants n’hésitent pas à aller de leurs petits commentaires qui apparaissent en surimpression sur le témoignage en cours. Non seulement cela peut vous empêcher de le lire, mais en plus, tirer une objection sera alors annulé si votre "balle/preuve" touche du bruit au lieu d’un témoignage. Il ne faudra donc pas hésiter à utiliser votre silencieux (touche X) pour dégommer ces braillements et pouvoir lire le témoignage…et le discréditer au besoin.

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Une fois le crime élucidé, on vous demandera de le résumer en complétant un manga retraçant les faits.

Si le jeu récupère une partie du gameplay des Phoenix Wright lors des jugements (preuve, contre-arguments & cie), l’on découvre aussi des moments bien plus surprenants, à commencer par un jeu de pendu durant lequel il faut deviner le mot permettant de démonter l’argumentation adverse. Mais là où le titre étonne le plus, c’est dans les duels : il arrivera parfois qu’un des personnages s’entête à ne plus rien vouloir écouter et vous agresse verbalement. Le jeu prend alors la forme surprenante d’un jeu de rythme : il faudra appuyer en rythme sur les boutons pour viser puis éliminer les remarques assassines de votre adversaire, jusqu’à l’avoir suffisament affaibli pour lui envoyer une nouvelle preuve indiscutable de plein fouet. Le gameplay a d’ailleurs tendance à se complexifier avec le temps : alors qu’il se contente au départ de deux boutons (X pour cibler, triangle pour éliminer toutes les répliques lockées), il faudra rapidement composer avec un système de munitions limitées (qu’il faudra recharger avec la touche carré, toujours en rythme), qui force du coup à trouver le bon équilibre entre rechargement, lockage et tirs pour éviter de prendre trop de dégâts. Car si vous n’avez pas de "vie" à proprement parler, il faudra faire attention à une jauge de crédibilité en haut à droite, qui, une fois épuisée, conduit au game over. Le jeu n’est ceci dit pas très punitif, puisqu’il permet de reprendre quasiment à l’endroit où vous avez perdu, avec votre jauge au maximum.

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L’histoire est racontée par le biais de plans fixes et d’artworks plutôt jolis.

Résultat, on se retrouve devant un titre franchement atypique : proche d’un Phoenix Wright dans son enchaînement narratif, le jeu bénéficie aussi et surtout d’un humour ravageur. Monokuma est une peluche/psychopathe qui ne manque jamais une occasion de faire un jeu de mot ou de plaisanter alors que l’on parle de vie et de mort, accusant les étudiants de toutes les perversités alors que lui-même fait tout et n’importe quoi. Les retournements sont également nombreux, et l’on se retrouve dès la première enquête à halluciner sur certaines révélations inattendues, et plutôt bien amenées dans l’ensemble. Résultat, on suit l’histoire d’une traite sans jamais s’arrêter…et c’est sans aucun doute là le signe des grands jeux d’aventure textuelle ! Seul inconvénient possible pour nous autres francophones : le jeu n’est disponible qu’en Anglais ou Japonais…mais s’en priver paraîtrait criminel.

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Les moments de calme permettent de discuter avec les autres étudiants.

Gameplay : 17/20

Simple dans sa prise en main, Dangan Ronpa se révèle au final plutôt prenant et fluide, tout particulièrement lors des procès, qui sont un véritable tour de force en termes de narration et de rythme. Le gameplay mélangeant shoot simpliste et réflexion s’avère également terriblement efficace, en maintenant l’attention et en dynamitant une formule qui n’est pas sans rappeler une des références en la matière : Phoenix Wright.

Graphismes : 18/20

Issu d’un portage de jeu PSP, le titre n’est pas éblouissant techniquement : le jeu se contente la plupart du temps de plans fixes en 3D avec des personnages en 2D style manga. Néanmoins, force est de reconnaître que tous les personnages bénéficient d’un design très soigné, et les cinématiques qui ponctuent l’aventure donnent à celle-ci une ambiance vraiment très particulière, à mi-chemin entre l’animé et le manga.

Bande-son : 19/20

Des musiques dynamiques et très technos/pop, mais surtout un doublage japonais superbe (ou même un anglais pour les réfractaires à la langue) achèvent de donner au titre une ambiance atypique.

Scénario : 19/20

Si un ou deux évènements se laissent anticiper, dans l’ensemble, l’écriture de Dangan Ronpa relève du très bon manga huis clos : distillant ses retournements aux bons moments, tout en n’oubliant pas d’être bourré d’humour, les textes du jeu se dévorent, et l’on s’attache rapidement à toute l’équipe qui compose la classe de Makoto.

Durée de vie : 15/20

Comptez une bonne dizaine d’heures de jeu pour atteindre la fin de l’aventure. Ajoutez à cela la possibilité de refaire les chapitres indépendamment, mais aussi un mode de jeu bonus plutôt sympathique qui se débloque une fois le jeu terminé, et vous obtenez une durée de vie très correcte pour un jeu du genre.

Conclusion : 18/20

Décalé, prenant et plein de rebondissement, Dangan Ronpa parvient à surprendre et offre au visual novel une aventure terriblement efficace. Si l’anglais pourrait en décourager certains, ceux n’ayant pas peur de la langue de Shakespeare trouveront là un excellent jeu d’aventure qu’ils auraient tort d’ignorer !


NOTE : 09/10